Les espoirs du pôle

Troisième épisode de notre série consacrée à la formation. Après les sélections départementales, place au pôle espoirs, dirigé par Laurent Hantz.

Des joueurs, il en a vu passer. Par dizaines, centaines, bientôt peut-être par milliers. Cette question mériterait d’ailleurs d’être posée à Laurent Hantz, à la tête du pôle espoirs depuis presque 20 ans. Savez-vous pourtant ce que représente un pôle espoirs, à quoi il sert et comment il fonctionne ? Réponses ci-dessous.

Pour commencer, peux-tu nous présenter le pôle espoirs ?

Un pôle espoir est une structure qui dépend de la FFBB et du Ministère de la Jeunesse et des Sports. Ils existent dans tous les sports olympiques et pour le basket-ball, ils sont présents sur tout le territoire. L’idée de la structure est d’arriver en complément du travail des clubs et de n’accueillir que les sportifs listés « espoirs » par le ministère. Quand on dit « espoirs », on entend joueur de haut niveau en devenir. L’objectif final est de fournir les joueurs pour les équipes nationales jeunes, et seniors in-fine. Le travail est donc spécifiquement décliné de ce qu’ils vont rencontrer en compétition internationale U16, U18 et U20. Les joueurs concernés par le pôle évoluent au sein des catégories U14 et U15. Nous les regroupons dans le même établissement scolaire, avec des aménagements au niveau des horaires, pour qu’ils puissent allier sport de haut-niveau et études de la meilleure manière possible. Au niveau des contenus, tous les pôles espoirs ont le même, avec des objectifs fixés par la fédération.

Comment définissez-vous les joueurs et joueuses qui intègrent le pôle ?

Les sections garçons et filles au pôle sont composées de douze joueurs chacun. C’est un tout petit nombre de joueurs sur l’Alsace, avec donc six garçons et six filles seulement qui entrent chaque année. Les joueurs qui entrent au pôle, nous les suivons depuis longtemps. Là par exemple, je suis déjà les 2011/2012. Nous travaillons aussi en relation avec les Comités départementaux et les Cadres Techniques Fédéraux, de manière à croiser les éléments en notre possession. Il y a des regroupements sur des Camps intercomités U12, puis U13, une confrontation entre sélection du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, ce qui fait beaucoup d’étapes pour apprendre à connaître les jeunes. Ensuite, il y a toute une batterie de tests : physiques, de motivation, médicaux. Ces derniers sont nécessaires à l’évaluation et permettent également déjà d’identifier si le joueur a besoin d’un protocole particulier, en prévention de problèmes futurs. Ces suivis sont importants car ils sont encore en pleine croissance et, pour beaucoup, seront de grandes tailles. 

Les pensionnaires disputent les compétitions avec leur club. Comment se passe la relation avec eux au quotidien ?

Pour que les joueurs puissent évoluer dans des compétitions de référence, des partenariats sont mis en place avec des clubs élites. Ils accueillent les jeunes le week-end pour disputer les championnats élite. En Alsace, nous disposons de trois tickets pour des équipes de minimes élite. Nos jeunes joueurs ont donc aussi la possibilité de jouer avec des coéquipiers ou coéquipières qui ne font pas partie du pôle, mais qui étudient peut-être au sein de sections sportives.

Nous travaillons en étroite relation avec les clubs, notamment sur les contenus. Nos pensionnaires ont un pied dans un club, ce qui est important pour leur évolution, et l’autre dans une structure fédérale. Ils disposent donc d’un entraîneur professionnel au pôle, en plus d’un autre qualifié en club pour avoir deux visions différentes. Pour résumer, nous avons de bonnes relations avec les clubs. Ils ont postulé pour avoir leur place en championnat élite, et ils sont évalués sur la qualité de leur structure.

Peut-on considérer qu’intégrer le pôle espoir ressemble à mettre un pied dans le sport de haut-niveau ?

Oui. Au pôle, c’est douze heures d’entraînement par semaine, avec une vraie intensité. Ils enchaînent aussi avec deux, voire quatre heures avec leur club, en plus des matches et des déplacements. Puis, il faut ajouter les sélections, le tout avec une évaluation permanente. S’ils ne sont pas motivés, passionnés, cela devient impossible pour eux. Il est très important qu’ils prennent aussi du plaisir, qu’ils ne soient pas simplement poussés par leurs proches. Comme je l’ai dit plus tôt, l’objectif est que le jeune joueur soit performant en championnat d’Europe jeunes, que ce soit dans son niveau technique, sa compréhension du jeu et que le tout soit exploitable au niveau international. Nous travaillons beaucoup les appuis, la course, le travail balle en mains, les tirs (250 à 300 par jours), de manière à ce qu’ils aient une capacité à tirer de loin. Je me souviens lors d’une expérience en équipe de France, à Zadar, un entraîneur croate m’avait dit que quand un joueur sort d’une école de basket, il doit avoir une gestuelle de tir. Nous allons donc faire que son style de jeu soit efficace dans les hautes situations. En club, c’est différent, tu te prépares pour le match du week-end, ce n’est pas le championnat d’Europe deux ans après. Le travail fait au pôle, les joueurs n’en auront pas forcément l’utilité tout de suite.

Analysez-vous déjà, au sein du pôle, quels pensionnaires pourront devenir des joueurs professionnels ?

Certains jeunes sont en retard, que ce soit en termes de maturité, de taille, ou de technique. Si nous ne les mettons pas dans les meilleures conditions, il y a un risque de les perdre. Mais évaluer des jeunes en benjamins, et savoir s’ils deviendront des pros, c’est impossible. Je peux citer Frank Ntilikina, par exemple. Il est devenu professionnel. Mais à l’entrée au pôle, d’autres jeunes étaient aussi voire plus performants mais n’ont pas eu la même suite de carrière . Il est surtout difficile de prévoir la taille ou l’envergure qu’ils auront. Nous sommes dans la suspicion et il ne faut pas avoir peur de le dire. Les premiers critères que nous regardons sont l’entraînabilité, s’il prend du plaisir à jouer et s’il a quelque chose d’exceptionnel qui le différencie déjà des autres ? Ce sont ces points-là qui leur donneront une chance d’accrocher le bon wagon, qui leur donneront la possibilité d’aller au très haut-niveau.

Les résultats entre pôles sont-ils comparés par la Fédération ?

Tu ne peux pas comparer les résultats des différents pôles. Par exemple, en Franche-Comté il y a bien moins de licenciés donc de potentiels qu’en Ile-de-France, où tu peux voir émerger trois à quatre jeunes chaque année. Nous travaillons plus comme un réseau global, un partenariat et il ne faut pas oublier que nous faisons tous partie du même programme fédéral, ce qui n’est pas pareil pour les centres de formation des clubs professionnels.

Un pensionnaire peut-il rester une année supplémentaire ?

Garder un jeune une année supplémentaire est compliqué, tout simplement car nous en avons six autres qui suivent derrière.  Mais lorsque je m’engage avec un jeune, je l’aide jusqu’au bout, par exemple en lui conseillant d’intégrer une section sportive s’il n’est pas pris au pôle France et n’a pas trouvé de centre de formation (ou d’entraînement pour les filles). Il pourra s’y entraîner dans de bonnes conditions et pourquoi pas, raccrocher quelque chose par la suite.

Comment se passe la suite, après le pôle ?

90 % des joueurs sortant de pôle trouvent une structure pour la suite. Pour les 10% restants, certains comprennent qu’ils ne sont peut-être pas faits pour le sport de haut niveau. La réalité pour un sportif de haut niveau, est exigeante. Certains ne sont pas suffisamment motivés pour faire les efforts nécessaires. Chez les filles par exemple,  il y en a en moyenne une qui décroche ou arrête durant le cursus. Entre cela, il y a également des profils « tardifs » que nous essayons de placer en section sportive. Il est important qu’ils puissent intégrer un championnat de France U18. Cela permet d’avoir des références pour, pourquoi pas, intégrer un centre de formation par la suite. Mais en garçons, l’arrivée du centre de formation de Gries dans le paysage local en complément de la SIG Strasbourg permet à plus d’Alsaciens de trouver des solutions.

Crédit photo : Pôle espoir Alsace

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