Formation : la force de la jeunesse

Le chemin vers le monde professionnel n’est pas un long fleuve tranquille. Surtout, comparer cela à un fleuve est quelque peu utopique, tant il est difficile d’intégrer cet univers. A travers plusieurs articles, nous vous proposons de découvrir quelques étapes qui jalonnent le parcours des jeunes espoirs.

On dit souvent qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre. Si cet adage dit vrai, il faut cependant reconnaître que certaines époques de notre vie nous permettent d’emmagasiner, de s’imprégner, d’apprendre et de restituer les enseignements plus aisément que d’autres. Dans ce sujet, le basket trouve toute sa place. Sport nécessitant d’être fort dans toutes les parties de son corps, les fondamentaux sont essentiels. Etienne Schutz, formateur reconnu notamment passé par Saint-Joseph et Julien Boudeville, responsable sportif à Furdenheim, savent aussi que pour bien enseigner et transmettre, il faut soi-même avoir été bien formé : « Durant les 22 ou 23 ans où j’ai entraîné, le jeu et beaucoup d’autres choses ont changé. J’ai donc commencé à me former car ayant de plus en plus de jeunes, je ne voulais pas leur apprendre n’importe quoi. Formateur, c’est un métier, cela s’apprend », souligne Etienne.

Plaisir avant tout

La première notion qui se transmet d’ailleurs est le plaisir. Que ce soit celui de venir jouer, de voir ses amis, de faire du sport ou d’apprendre, les deux techniciens insistent sur cet aspect fondamental : « La première des notions à transmettre est le plaisir. Surtout chez les tout petits. Ils doivent être heureux de venir à l’entraînement », indique Julien. « Ce plaisir, tu le transmets à travers des exercices ludiques. Tu peux très bien faire appel à leur imagination pour donner du sens à tes exercices. L’enfant, s’il comprend pourquoi il fait ces choses, ces gestes, il prend encore plus de plaisir », ajoute Etienne.

S’ils n’abordent pas directement l’aspect technique, celui-ci n’est jamais bien loin : « J’essaie d’être sur les fondamentaux individuels. A Saint-Jo’, j’avais 5 terrains et chacun correspondait à un fondamental précis. C’est déjà de la technique, mais tu la travailles sans en parler. C’est malgré tout important d’allier les deux. Si tu ne le fais pas, il risque d’arrêter le basket, ou tout autre sport que l’enfant pratique », puis à Julien de dire : « À Furdenheim, quand on parle technique, c’est surtout psychomotricité. Dans les catégories jeunes, ce sont les aspects de coordination ou de motricité qui priment, à travers le basket ».

Quelle place pour la compétition ?

L’esprit de compétition naît souvent très tôt, « un enfant, par essence, aime gagner, c’est naturel » confie Julien. Mais pour le formateur, cela doit bien souvent passer après l’apprentissage. Lors de son passage à l’USA, Etienne a pu tracer un bout de chemin avec Frank Ntilikina, aujourd’hui en NBA. Très avancé pour son âge, le technicien n’a pourtant pas oublié le devoir, si l’on peut le qualifier ainsi, qu’il avait envers tous les joueurs de son groupe : «  Avec la génération Frank Ntilikina, je ne suis pas champion. Je peux l’être, si je veux. Tu lui donnes la balle et c’est bon. Mais j’étais plus dans le fait de les faire travailler en match, sans qu’ils s’en aperçoivent. Par exemple, j’interdisais le changement de mains devant eux, seulement entre les jambes ou dans leur dos. Tu as alors de fortes chances de perdre le match, c’est vrai. Mais tu as de grandes probabilités que ton joueur progresse ».

Un état d’esprit à avoir donc, avant d’ajouter : « Tu dois faire en sorte de leur apprendre à gagner et à perdre. Même à haut niveau, à l’INSEP par exemple, ils gagnent très peu de matchs. Mais c’est pour former les futurs internationaux. Tu peux donc le faire plus jeune, mais il faut leur expliquer, leur amener car l’enfant veut gagner, il est triste quand il a perdu. Mais c’est à l’instant T, le lendemain, il est de nouveau à fond à l’entraînement. Bien évidemment, il ne faut pas perdre quinze matchs de suite. Il faut jongler entre la formation, qui est primordiale, et la compétition, par petite touche ». Une vision également partagée par le responsable sportif de Furdenheim : « Il faut d’abord apprendre à partager, durant l’entraînement, mais aussi pendant les matchs. Ce que j’enseigne aux différents coachs : la défaite, ce n’est pas grave. L’objectif, c’est qu’ils travaillent et apprennent durant le match. Il faut inculquer l’esprit de compétition par petites doses, mais il ne faut surtout pas oublier que notre métier, c’est de former des joueurs ».

Tous sur un même pied d’égalité ?

Chez les jeunes basketteurs, comme dans la vie de tous les jours, les disparités sont multiples. Taille, puissance, intelligence de jeu, chacun est doté de qualités qu’il parvient à exprimer plus ou moins jeune dans son jeu. Si certains parviennent à se montrer matures sur les parquets plus rapidement que d’autres (l’exemple Frank Ntilikina n’est jamais loin), comment le formateur réagit face à un jeune joueur, plein de potentiel, mais qui peinent encore à l’exprimer ? « Entre un joueur débutant et avancé, je n’aurais pas les mêmes attentes, mais ne leur ferais pas non plus faire les mêmes exercices. Je travaille par niveau. Frank, c’était le joueur le plus facile du monde à entraîner. Tout ce que tu lui demandes de faire, il le fait à fond. Mon objectif n’est pas d’en faire des entraîneurs, mais des joueurs. Je peux aussi prendre l’exemple de Petr Cornélie. En benjamins, il n’était pas encore totalement coordonné. Face à des plus petits, il était en galère. Mais on savait qu’il ferait 2m10 et serait joueur professionnel. Donc il fallait qu’il soit sur le terrain. En tant que formateur, nous sommes un élément central. Si nous ne sommes pas les plus experts possibles en pédagogie ou en technique basket, cela peut être compliqué pour certains enfants. Si tu es un coach qui ne veut que gagner et que tu fais jouer juste les 5 meilleurs, tu as peut-être une pépite en bout de banc qui est débutant ou juste pas encore mature physiquement pour apporter les points et il peut simplement arrêter le basket ».

Aujourd’hui, il est difficile d’évoquer la suite des compétitions et même des entraînements. Si à la très bonne initiative de nombreux clubs, des séances en extérieur sont prévues, une vision, ne serait-ce qu’à moyen terme est délicate à avoir. Le risque de voir certains jeunes se détourner du basket, ou du sport en général, est réel : « L’écart va augmenter entre les plus mordus et ceux qui viennent juste pour être là. Pendant un an, le jeune n’aura pas travaillé donc ceux qui seront allés, par eux-mêmes, sur les terrains, cela se ressentira. Une catégorie pour laquelle cela peut être compliqué, les U11. Tu passes du monde des bisounours, avec un petit panier, un petit ballon, en 4×4, à du 5×5, sur grand terrain,… Déjà d’ordinaire, c’est dur, mais là, ils risquent d’être un peu plus perdus. Le temps d’adaptation sera plus long. De notre part, cela demandera un aménagement encore plus précis de l’entraînement. A l’intérieur des exercices, les aspects techniques et tactiques ne seront pas les mêmes pour que les deux puissent tout de même avancer », indique Julien.

Leur place dans la politique des clubs

« Certains clubs ne se basent pas sur la formation des jeunes et misent tout sur leur équipe première. C’est une politique comme une autre. A l’inverse, tu as des clubs comme la SIG qui, notamment chez les féminines, met l’accent sur la formation. Quand je les entraînais en N2, je n’avais que des jeunes issues de la formation », dit Etienne. Julien lui dresse un constat plus global quant à l’utilisation des jeunes formés au club, notamment pour les clubs évoluant dans les championnats nationaux : « Avoir un ou deux jeunes issus de la formation, c’est bien. Mais plus tu montes de niveau, plus c’est compliqué. En N1, d’en avoir un, c’est bien. Dans des clubs intermédiaires, N2 ou N3, si tu n’as pas de championnat de France chez les jeunes, c’est compliqué aussi. Pour les équipes régionales ou départementales, oui c’est vital, mais sinon, je considère cela comme un plus car d’autres éléments rentrent en compte ».

Le métier de formateur lui aussi évolue, tout comme son nombre. Loin d’être une « espèce menacée »,  Julien confirme que le nombre de vrais formateurs diminue : « Des formateurs purs et durs, il y en a moins, mais ils sont importants pour la qualité des basketteurs futurs. Leur place est primordiale, car il n’entraîne que du bonheur pour les entraîneurs suivants. C’est essentiel de garder des personnes qui ont envie de former les gens. Cela demande du temps, de la patience, de la qualité, de la persévérance ».

La formation est quelque chose qui se renouvelle chaque année. De nouveaux joueurs arrivent, avec leur profils, leurs forces mais aussi leurs faiblesses. Et pour les autres, de nouvelles aventures débutent. S’ils ne sont que « maillons de la chaîne », comment définir après coup que leur mission soit réussie ? « Je dirais à travers les rapports que tu entretiens ensuite avec les joueurs, confie Etienne. Quel que soit le niveau qu’il atteint, professionnel ou non, si tu gardes contact avec lui-même 15 ou 20 ans après, cela signifie quelque chose. Cela va au-delà du basket ». Parfois même, au-delà des frontières.

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