Ike Udanoh, un roc arrive à Strasbourg

La SIG Strasbourg a annoncé hier matin la signature d’Ike Udanoh (intérieur, 2m02, nigériano-Américain de 31ans). Suite au départ d’Ebuka Izundu, cette arrivée complète le secteur intérieur de la SIG Strasbourg. Nous vous présentons plus en détails ce renfort.

Un début de carrière cauchemar

Après deux premières saisons en NCAA avec les Requins de Long Island, en échec, il retourne deux ans dans son Michigan natal jouer en NCAA II pour les Guerriers de Wayne State.  À l’issue de ce parcours universitaire très commun, le détroitien Ike Udanoh démarre sa carrière professionnelle en 2012. Ayant peu d’opportunités, il est obligé de commencer l’année au fin fond de l’Uruguay où il se blesse dès le deuxième match au bras. Sa blessure n’étant pas détecté par le club uruguayen, il continue pendant quelques matchs avant de partir jouer à Dubaï. S’entrainant dès son arrivée avec un seul bras, son équipe lui fait vite passer des examens médicaux. Résultat, elle rompt très vite son contrat voyant qu’il s’agit d’une sérieuse blessure qui nécessite une opération.

S’en suit une période compliquée pour Ike. Il rentre aux États-Unis pour se rétablir et avoue être passé par la dépression. Pour gagner sa vie, il doit mettre son rêve entre parenthèses et travaille dans un restaurant asiatique de Detroit. À cette période, sa carrière est dans une impasse. Son agent l’abandonne complètement. Pour se relancer, il prend seul la décision de traverser l’atlantique pour passer des tests en Autriche, où un de ses meilleurs amis joue. À court d’argent, il se résout a vendre sa voiture, une Mercedes Benz, pour payer ce billet d’avion.

Coup du destin, un joueur étranger se blesse dans l’équipe de son ami et on lui propose un contrat à la semaine de 150€. Il y reste un petit mois car, dès que le joueur blessé revient, il est coupé. Heureusement, entre-temps, un des joueurs le met en contact avec un entraineur allemand qui lui offre un contrat en 5ème division allemande. Quelques semaines plus tard, un autre américain lui parle de l’opportunité de passer des tests pour l’équipe de Nuremberg, qui évolue en deuxième division allemande et se situe à seulement une heure de train. Après plusieurs tests pendant son temps libre, Nuremberg souhaite l’engager. Ike prévient son ancienne équipe, regroupe l’ensemble de ses affaires et prend le premier train vers Nuremberg. Le lendemain le propriétaire du club se retracte, il est sur le carreau.

L’envol au pays du père Noël

À cette époque, il reprend contact avec une de ses amies d’enfance. Elle est engagée dans l’armée américaine et est stationnée dans une base en Allemagne. Pour l’aider, elle fait la moitié du pays en voiture pour venir le chercher. Il va vivre un mois illégalement dans cette base américaine située près de Mayence. Il en profite pour envoyer des emails à toutes les équipes et agents qu’il peut trouver. Après plus d’une centaine d’emails sans réponses, il pense abandonner et rentrer aux États-Unis. Mais un agent allemand lui répond. Désespéré, il signe avec cet homme qui, miraculeusement, lui trouve une opportunité en Finlande.

Cette opportunité est l’équipe réserve des Bisons de Loimaa, soit l’une des meilleures équipes du pays à l’époque. Cette équipe réserve joue en seconde division, mais cela lui offre l’opportunité de s’entrainer en parallèle avec l’équipe première qui joue en Eurocup. Grâce à son travail et son énergie, il obtient après seulement dix matchs une opportunité dans l’équipe première. Ceci lui permet de se démarquer. La deuxième année, il évolue aux Honka Playboys, un des plus petits budgets de la ligue, sous les ordres d’un coach dont c’est la première expérience, Tuomas Iisalo. Cet entraineur, qui entraine maintenant les Crailsheim Merlins en première division allemande, lui permet de passer un palier grâce à son exigence. Cependant, tout au long de l’année, son équipe lutte contre la relégation dans les bas-fonds de la ligue.

Suite à cette bonne année individuel, il décide de parier sur lui-même et n’accepte pas l’offre la plus lucrative qu’il reçoit. Il décide de retourner aux Bisons de Loimaa, en tant que joueur le moins bien payé de l’équipe et sans même augmenter son salaire, motivé à l’idée de jouer en VTB League, le championnat russe, un des plus cotés en Europe. Ce choix payant lui permet de définitivement se faire un nom en Europe (9,9 points et 5,4 rebonds de moyenne en 20 minutes en 20 matchs de VTB League).
Au passage, pendant ces trois saisons, il croise notamment le fer avec l’Union Chrétienne des Jeunes Gens de Lappeenranta, coaché par Lassi Tuovi, ou les Mouettes d’Helsinki, avec Romain Leroy comme assistant coach.

La confirmation

Il termine avec succès sa saison en deuxième division italienne, puis débarque un an au Hyères Toulon Var Basket pour découvrir la Jeep Elite en tant que role player. Cette année se passe mal, en conflit avec l’entraîneur Kyle Milling et le président Christian Giannini. Le premier lui préfère Ferdinand Prenom tandis que le second refuse de le libérer pour un autre club en court de saison. C’est l’année d’après, au Kazakhstan, qu’il explose réellement. Avec les Tigres d’Astana, de nouveau en VTB League, championnat réputé pour être très physique pour les intérieurs, il termine meilleur rebondeur de la ligue avec 8,5 rebonds de moyenne pour 11 points en 29 minutes.

Cette très bonne saison lui ouvre les portes de l’Italie, où il évolue depuis deux ans et demi. Il joue d’abord à Cantu, mais, alors que son équipe brille en championnat, il est obligé de faire ses bagages car il n’est pas payé depuis plusieurs mois. Il rejoint l’Avellino de Nicola Alberani puis passe la saison dernière à Venise, avec qui il dispute l’Eurocup jusqu’à ce que la saison soit arrêtée. Enfin, il s’est engagé en août avec l’équipe de Trieste.

Tri(e)ste début de saison 2020/2021

L’aventure en Vienne-sur-mer démarre bien. Ike Udanoh est titulaire et joue un rôle important. Il dispute la Supercoppa (3 victoires et 3 défaites) et les deux premiers matchs de championnat (2 victoires). Cependant, début octobre, Ike se blesse au ménisque à l’entraînement. Le club italien doit s’ajuster et fait venir le pivot Marcos Delia (pivot italo-argentin de 2m08, 28ans). Pendant les deux mois d’indisponibilité de l’américain, Delia performe. Malgré un mauvais bilan collectif (une seule victoire en six matchs), ceci bouleverse la hiérarchie. Comme le pivot possède aussi un passeport italien, il devient vite précieux pour le club triestini. En effet, le règlement impose à chaque club italien de composer son effectif avec au moins cinq italiens. De fait, à l’image des JFLs en France, à niveau relativement égal, un italien sera bien plus prisé qu’un américain en Italie.

À son retour de blessure, Udanoh doit donc s’adapter. Il passe second dans la hiérarchie au poste de pivot et joue par séquence ailier fort. Par la force des choses, il se retrouve avec un rôle qui fait doublon avec celui de l’ancien SIGman Devonte Upson mais avec un salaire bien plus conséquent. Logiquement, le club italien et Ike Udanoh se séparent fin décembre d’un commun accord. Ceci permet au club italien de gagner de la flexibilité, pouvant ajouter un joueur non italien à leur effectif, tandis qu’Ike Udanoh peut trouver davantage de minutes dans un système qui convient à ses qualités. Au total, il aura disputé 12 rencontres dans le Frioul pour, en moyenne, 7,6 points et 6 rebonds en 24 minutes.

La SIGUOVI

Le début de saison nous permet déjà de mieux comprendre le projet de jeu que veut mettre en place Lassi Tuovi. De toute évidence le jeune coach finlandais souhaite encourager un jeu rapide en transition et donne beaucoup de liberté offensivement à ses joueurs. Il aime aussi disposer de profils polyvalents, pouvant jouer à plusieurs positions. Ceci lui permet de s’offrir plus de combinaisons tactiques en attaque. En défense, il joue de cette polyvalence pour demander à ses joueurs de souvent changer sur les écrans.

Il a ainsi déjà utilisé Bonzie Colson aux postes 3 et 4, Ishmail Wainright aux postes 3,4 et 5 et Léopold Cavalière aux postes 4 et 5. Par ailleurs l’équipe est déjà composée de plusieurs shooteurs fiables à longue distance. Le scoring ne semble pas être un problème mais l’équipe semble manquer d’impact défensif et d’expérience. En tout cas, rapidement, nous avons pu voir la différence de style avec le jeu très structuré et de spécialistes des meilleures années Vincent Collet. Si nous devions faire une comparaison le nouveau style de jeu prôné par Lassi Tuovi s’apparente beaucoup aux Boston Celtics de Brad Stevens.

Le chaînon manquant ?

Ebuka Izundu avait un profil similaire à Yanis Morin, une tour de contrôle défensive. À ce titre Essome Miyem semble être le vrai remplaçant d’Ebuka Izundu dans l’effectif et risque de gagner des minutes lors de l’absence du martiniquais. Cependant, nous avons aussi pu voir que ce profil de spécialiste défensif était moins bien intégré dans les rotations du finlandais. Ike Udanoh n’est pas un shooteur à trois points, il est reconnu pour sa rapidité et sera précieux en jeu de transition. De plus, sa dureté, que ce soit en défense ou bien sur la pose d’écran sera appréciée en Alsace.

Offensivement, normalement, il ne faut pas s’attendre à un pivot classique de jeu placé qui demande la balle au poste bas. En revanche nous pouvons l’imaginer sans problème dans le jeu mis en place depuis le début de la saison par les SIGmen. De plus, cet intérieur a une bonne vision du jeu. Sans être un point forward, il pourra épauler à la création et faire briller les scoreurs alsaciens. Joueur d’équipe, nous attendons surtout de lui de briller défensivement. Avec Léopold Cavalière qui peut être handicapé par un problème de fautes et un Bonzie Colson encore très irrégulier en défense, ce profil peut très bien compléter le puzzle actuel strasbourgeois.

En dehors des parquets, Ike “Keasy” Udanoh est marié à une italienne et récemment le père d’une petite fille. Cette vie personnelle faisait qu’il était réticent en début de saison à s’éloigner de l’Italie. Grand travailleur, il risque d’avoir un rôle similaire à celui de DeAndre Lansdowne dans le groupe mais avec un caractère plus extraverti et showman à la Ishmail Wainright.

 

Pour en savoir plus sur Ike Udanoh nous vous conseillons de lire l’article de la SIG Strasbourg, comprenant les réactions du coach Lassi Tuovi et du directeur sportif Nicola Alberani.

Vous trouverez aussi ci-dessous les highlights de sa saison 2019/2020 à Venise ainsi que le lien de sa chaine YouTube. Nous vous conseillons de la visionner, elle a été très précieuse pour la rédaction de cet article.

https://www.youtube.com/channel/UCDqXC2lyDaE9ub4l-PrSVSQ

Crédit Photo : Basketball Champions League

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