Yannis Lefrang, « Emma Peytour, c’est une fierté de la voir aujourd’hui en équipe première »

Depuis trois saisons, Yannis Lefrang a repris les commandes du centre d’entraînement de la SIG féminine. Sur une bonne base, il continue de développer les jeunes espoirs pour un jour, leur permettre d’atteindre le plus haut niveau français. Entretien.

Comment as-tu démarré dans le monde du basket ?

J’ai démarré à Colmar. Mon père jouait dans une troupe de théâtre et son club, l’ASU Colmar, était composé d’une section théâtre et d’une basket. Alors pour essayer, je me suis lancé. J’avais 8 ans à ce moment-là. Quelques années plus tard, j’ai rencontré un entraîneur qui m’a donné un peu plus l’envie de me tourner vers un basket plus compétitif. Deux ans après, j’intégrais la section sportive du lycée Camille See.

Peux-tu revenir sur ton parcours ?

En tant que joueur, j’ai fait mes gammes en prénationale et en Nationale 3, entre Colmar et Dessenheim. Je suis également professeur d’EPS à côté et lorsque j’ai réussi mon CAPES, j’ai été contacté par Sylvie Uhlen pour entraîner une équipe à Horbourg-Wihr. Derrière, je suis parti un an en banlieue parisienne et lorsque je suis revenu, j’ai repris la même génération. J’avais aussi passé mon brevet d’état et nous avons essayé de relancer le championnat de France. Cette équipe, je l’ai eu jusqu’en N3 et j’ai vu passé des joueuses comme Pauline Lithard (aujourd’hui en LFB à Charnay), Clotilde Schnell (passée par la SIG), ses sœurs Agnès et Emma, Marie Dommain, Manon Von Banck (en NF3 à la SIG) ou les sœurs Ibtissem et Inès Salahy (entrées à l’INSEP et en équipe de France jeunes) . C’est là qu’est née ma passion de l’entraînement. Par la suite, je suis aussi passé par les équipes d’Alsace, ce qui m’a permis de m’ouvrir à d’autres clubs. J’ai entraîné les cadets France au FCM, puis deux ans avec les cadets de l’UCAB, un an à l’UM2W et c’est à ce moment-là que la SIG m’a contacté, par l’intermédiaire de Stéphane Weber et Jean-Lou Vuillaume.

Pourquoi avoir choisi de démarrer par des équipes féminines ?  

C’est une coïncidence. Comme indiqué auparavant, c’est cette équipe à Horbourg qui m’a été proposée. Alors, j’ai commencé avec elles et je me suis bien senti. Les générations étaient plutôt sympas et de très bonnes joueuses sont passées par Horbourg. J’ai encore de très bons contacts avec les filles et je prends toujours autant de plaisir à les revoir.

Comment s’organise la gestion du centre d’entraînement de la SIG ?

Déjà, nous sommes un centre d’entraînement car nous n’avons pas d’équipe de LFB. Autrement, tout est pareil : ce sont les mêmes contraintes qu’un centre de formation que ce soit le diplôme demandé aux coachs, les suivis scolaires et médicaux, … Il y a néanmoins une autre différence. Notre équipe espoir évolue en N3, et pas en N2 et n’a pas l’assurance de se maintenir. Pour nous, le maintien doit être acquis sportivement.

Les filles cadettes s’entraînent une fois par jour. Le mardi et jeudi, ce sont des séances communes avec les espoirs et pour les matchs, nos dernières années cadettes alternent entre les deux équipes. Il y a obligation d’avoir des principes communs car les filles sont amenées à passer d’une équipe à l’autre. Il y a même des passerelles entre l’équipe de prénationale, mais aussi avec l’équipe première.

Justement, comment se passe la relation avec l’équipe première ?

Le but pour l’équipe une est de gagner les matchs et chaque joueuse a un rôle bien défini. Nous, la logique est de former les filles, et au final, elles doivent toutes s’y retrouver. Il y a des choses identiques, comme certains mouvements défensifs ou des annonces, mais c’est surtout entre la N3 et les U18 que tout est quasiment en commun. On ne peut pas imposer des choses à l’équipe 1 car nous n’avons  àpas les mêmes objectifs.

Comment juges-tu l’évolution du centre depuis ton arrivée ?

Beaucoup de choses existaient déjà au moment de mon arrivée. Il y a avait peut-être moins de filles. Les matchs NF3 et U18 se jouent en même temps et aujourd’hui, nous avons deux groupes pleinement compétitifs. Au départ, c’était plus difficile de jongler pour avoir deux équipes fournies sur les week-ends. Maintenant, nous avons recruté plus de filles pour palier à cela.

Et comment se passe le recrutement des joueuses du centre d’entraînement ?

C’est un ensemble de décisions, qui se basent sur plusieurs années d’observation. Je m’intéresse au basket à partir des poussines et benjamines. Les enfants, je les vois aussi au collège, dès la sixième. L’année suivante, elles intègrent les sélections départementales. Je les vois donc évoluer et ce, dans différents endroits. J’arrive rapidement à les cerner, voir celles qui peuvent être intéressantes. Il faut identifier le potentiel, mais la personne est toute aussi intéressante. Les filles, tu les as de leurs 15 ans jusqu’au début de la vingtaine, alors il vaut mieux avoir quelqu’un qui correspond aux valeurs du club. Et ne pas laisser de côté la partie scolaire qui est très importante.

D’un point de vue basket, la joueuse doit avoir un point fort au moins, qu’il soit technique ou physique. Puis vient le côté humain et la qualité de travail, qui doit être importante. Elle doit être entraînable, car le talent ou le potentiel est une chose, mais si sur cinq ans elle ne bosse pas, elle se fait rattraper.

A quel moment considères-tu que la formation est réussie ?

C’est un vaste débat. Cela dépend de son niveau et de son potentiel quand elle arrive. Nous souhaitons amener un maximum de filles le plus loin possible par rapport à leurs capacités, et plutôt en équipe une à Strasbourg. Je prends l’exemple d’Emma Peytour, c’est une fierté de la voir aujourd’hui avec le groupe professionnel. Ou même Nina Seilly, plus jeune mais qui elle aussi a choisi d’adhérer au projet de la SIG. Ces deux exemples sont des formations réussies. Mais plus globalement, quand tu formes une bonne joueuse de N2 ou N3 si elle a moins de potentiel au départ, on peut considérer que c’est un succès. Et à contrario, tu intègres parfois certaines filles avec du potentiel mais pour différentes raisons, ça ne marche pas.

Quelles sont les prochaines étapes du centre ?

La montée en Nationale 2, ce serait bien. Mais c’est difficile, le maintien y sera compliqué, même s’il nous permettrait d’être plus attractif. Le but serait aussi un jour de coacher les meilleures alsaciennes en U18. En les gardant, nous pourrions alors monter en N2 et développer le centre avec un hébergement pour chercher des profils que nous n’avons pas en Alsace. Pour l‘heure, nous ne sommes pas en mesure de les faire venir et de les héberger. Avoir l’une ou l’autre fille sur des qualités spécifiques, notamment la taille, nous ferait passer un cap et nous aurions un centre d’entraînement vraiment performant. A terme, notre développement passe aussi par une montée de l’équipe première en LFB pour assurer notre place en N2, quoi qu’il arrive.

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