Julien Boudeville, « Dès mes années cadets, mes entraîneurs me prédisaient que je finirai par coacher »

Arrivé en Alsace à Gries en 2015 et aujourd’hui à Furdenheim, en Nationale 3, retour sur le parcours de Julien Boudeville.

Football ? Basket ? Julien Boudeville a fait son choix après avoir soufflé sa douzième bougie. Durant deux ans, il s’est même laissé le temps d’une décision qui ressemble aujourd’hui à la bonne. Pourtant, en retournant deux décennies en arrière, c’était sur un tout autre critère qu’il a su résoudre son dilemme : « J’étais peut-être un peu plus doué au basket, même si au foot, je me débrouillais bien aussi. Et je prenais plus de plaisir au basket, peut-être lié au fait que j’étais tous les week-ends dans les salles avec mon père ». Car dans la famille Boudeville, son papa était aussi basketteur, dans sa région natale, le Nord. Originaire de Courrières, dans le Pas-de-Calais, Julien n’était jamais loin des baskets paternelles lorsque celles-ci crissaient sur les parquets locaux. Dès trois ans, il était là mais c’est donc à partir de douze ans qu’il a vraiment suivi son amour pour la balle orange. Grâce à un premier formateur très présent, Léna, il récite ses gammes et rattrape son retard à grandes enjambées, au point d’intégrer le club de Lens et la sélection de l’Artois. La suite logique, le sport études à Liévin où Julien évolue en minimes France, puis en Cadets France. Si sa carrière ne suit pas celles, plus célèbres, de certains de ses amis d’enfance, il passera tout de même dix ans à Liévin, jusqu’à l’équipe première où il goutta à la Nationale 1 : « Je jouais principalement avec l’équipe de pré-nationale, mais je m’entraînais aussi avec l’équipe première, qui évoluait suivant les saisons en Nationale 1 ou 2 ».

Une première expérience sur le banc à 19 ans

Liévin marquait aussi son premier contact avec le coaching. Sur le tard, en quelque sorte puisque c’est lors de sa première année sénior qu’il exerçait auprès d’une catégorie qu’il avait connu comme joueur, les minimes France : « Je sentais que j’avais cette fibre en moi. Seulement, plus jeune, je n’avais pas le temps de prendre en charge une équipe. Entre l’école, les entraînements et les matchs, ce n’était pas possible. Mais dès mes années de cadets, mes entraîneurs d’alors me prédisaient que je finirai par coacher. Et c’est ce qui s’est passé ».

Son premier mentor de l’époque était Guillaume Bayard, qu’il a connu lorsqu’il était son joueur : « Il a été mon entraîneur en sports études pendant quatre ans. On se voyait tous les jours. C’est lui qui m’a enseigné les bases et donné cette envie de passer sur le banc ». Et pour démarrer, quoi de mieux que de le faire chez soi ? Assistant auprès des minimes France tout d’abord, Julien confie « ne pas avoir fait beaucoup cette première année ». Dans les faits certainement, mais l’observation active fait partie intégrante de la découverte du métier. Puis, c’est auprès des cadets France qu’il va parfaire son apprentissage avant de faire le grand saut et son premier rôle d’entraîneur principal avec les minimes région.

Petit à petit, l’oiseau fait son nid dit-on et en grandissant en même temps qu’il grimpait les échelons, il était logique de voir Julien tôt ou tard prendre en charge une équipe première. Fidèle à sa ligne de conduite, « à compter du moment où je m’occupe d’une équipe au niveau national, j’arrête de jouer », il démarrait avec passion sa nouvelle carrière. Ce jour-là arrive en 2010, mais pas à Liévin comme la logique l’aurait pourtant voulue : « En 2010, je suis parti du Nord vers Andrézieux et j’ai trouvé un métier d’entraîneur de basket. D’un contrat de 24h, je suis passé à 35h et j’ai commencé à entraîner toutes les catégories de jeunes, des U9 à U17. Cela m’a apporté une grosse expérience dans le coaching et une belle adaptation avec les différentes catégories. Filles, garçons, j’ai été content d’avoir toute cette palette d’âges et de joueurs car cela m’a permis de voir la formation et l’apprentissage dans sa globalité, et j’ai réussi à bien m’adapter à tout cela. Aujourd’hui encore, je tiens d’ailleurs à les remercier, le club et Cyrille Chapot, le Manager Général du club pour m’avoir donné cette chance ».

De Gries à Furdenheim

Après cinq ans à Andrézieux, Julien pose ses valises à Gries en 2015 : « Ludovic Pouillart cherchait un adjoint pour la Nationale 2. Nous nous connaissions car nous avions officié ensemble sur les camps de Nando De Colo (NDC Camp). Nando est un de mes amis d’enfance, nous avions joué ensemble en sports études à Liévin et Ludo était directeur de son camp ». Deux premières années où tous les feux étaient au vert. Une montée en N1, un maintien acquis et Julien gagnait en maturité en prenant en mains la réserve, évoluant en N3. Au dire du jeune technicien nordiste, son aventure au BCGO fut « une expérience unique. Ils m’ont permis de me lancer sur les catégories sénior ». Seulement, toutes les bonnes choses ont une fin et les chemins entre le club et l’entraîneur se séparent en cours de saison.

Le nouveau point de chute de Julien ? Une autre maison verte, quelques dizaines de kilomètres plus au sud : « Je voulais rester en Alsace, pour ma compagne notamment. Furdenheim venait de monter en N3 et Eddy Schwartz, l’entraîneur de l’époque, ne pouvait poursuivre pour des raisons personnelles. La première année, je ne m’occupais que de l’équipe première puis j’ai intégré d’autres fonctions la saison suivante ». Aujourd’hui, il participe encore activement à l’ascension de Furdenheim et comme les filles évoluant en Nationale 1, il garde toujours l’ambition de regarder vers le haut : « Comme tout compétiteur, j’ai envie d’aller voir ce qu’il se passe plus haut et si c’est avec Furd’, ce serait top. Pour cela, bien sûr que je m’inspire de ce qu’a fait Ludovic à Gries, avec l’appui de ses présidents. Tout comme ce qu’a fait Souffel’.Mais chez nous, il ne faut pas oublier notre équipe féminine qui évolue à un niveau supérieur. Faire progresser le tout, c’est plus compliqué car cela demande plus de moyens humains, et surtout, financiers.  Si un jour on a deux équipes en N1, on sera l’un des rares clubs à avoir ça en France et ce sera une belle réussite. Et il faudra s’attacher à garder les valeurs humaines et familiales qui font la force du club ».

En trois saisons, Julien a aussi su évoluer dans son métier d’entraîneur. Aujourd’hui à la tête d’une équipe ayant les moyens de se mêler au haut de tableau de la N3 (3 victoires – 2 défaites jusqu’à présent), il confirme que son poste actuel est bien différent de ceux précédemment connus : « Si je compare avec Gries, avec qui j’évoluais au même niveau, je n’avais presque que des jeunes joueurs à manager. Quelques anciens qui avaient l’habitude de s’entraîner et qui étaient là pour encadrer les plus jeunes, mais dans l’ensemble la majorité du groupe avait l’ambition de rejoindre l’équipe première. A Furdenheim, je gère déjà tous les aspects, du recrutement à la gestion du groupe, et je dois faire en fonction de chacun. J’ai un panel plus large, des étudiants, des pères de famille ou des joueurs, comme Théo Diehl ou Julien Sauter, qui ont connu le monde professionnel. Et tout ce beau monde, tu ne le gères pas de la même manière. C’est surtout de ce point de vue là que j’ai dû évoluer durant ces trois dernières années ».

L’expertise du haut niveau

Ami d’enfance de Nando De Colo, dont il n’y a plus besoin de présenter la carrière et le palmarès, Julien côtoie certainement ce qui se fait de mieux en terme de basket sur le Vieux-Continent. Ou du moins, cela s’en rapproche. Mais pour autant, les échanges entre les deux hommes lorsqu’il s’agit de parler de basket ne sont pas voués à être reproduits tel quel sur les parquets : « Lorsque nous échangeons avec Nando, je bénéficie d’une expertise d’un niveau d’Euroleague. Mais appliquer cela à de la N3, c’est difficile car les niveaux ne sont pas comparables. Il va bien sûr me donner son avis sur certains points, mais souvent, ce ne sera pas applicable à notre échelle ». En plus du MVP 2016 de l’Euroleague, Julien bénéficie d’un autre œil d’expert, à domicile cette fois. Sa compagne, Victoria, est arbitre de haut-niveau dans le football (elle a notamment officié lors de la dernière finale de coupe de France féminine entre Lyon et le PSG). De quoi le rendre plus docile avec les arbitres ? « J’avoue que grâce à elle, je prends toujours un peu plus de recul vis-à-vis des arbitres. J’ai un regard plus sain, même s’il m’arrive encore de les critiquer. Et si je dépasse les limites, je l’entends quand je rentre (rires). Mais comme nous, joueurs et entraîneurs, ils sont capables de passer à travers un match alors j’essaie d’avoir un regard différent là-dessus ».

Et aussi bien entouré, Julien pourrait encore porter son regard sur le basket (alsacien espérons-le) de nombreuses années.

Crédit photo : Basket Furdenheim

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