François-Damien Phalip, l’interview

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle François-Damien Phalip, j’ai 21 ans et je commence mon Master à Sciences Po Strasbourg. Dans le basket, je suis joueur au CSSA Ohnheim, coach à mes heures perdues pour les équipes universtaires de Sciences Po, rédacteur pour le site QiBasket.net, formateur d’arbitres départementaux et régionaux, et donc, accessoirement, arbitre.

Quel est ton parcours basketballistique ?

J’ai commencé tout petit à Ostwald puis j’ai rejoint Geispolsheim. J’y ai connu pas mal de mes meilleurs souvenirs en tant que joueur, des titres remportés (ça aide d’avoir Ludo Beyhurst, notamment, dans son équipe), des duels avec l’Electricité d’Alain Oppitz et les stages avec l’équipe du Bas-Rhin et d’Alsace. J’ai ensuite rejoint Ohnheim et Eckbolsheim où j’ai joué en région. J’essaie depuis 3 ans à Ohnheim, pour le plus grand plaisir de mon coach, de jouer des matchs lorsque l’arbitrage le permet (c’est-à-dire rarement).

Comment es-tu venu à prendre le sifflet? C’était une vocation?

J’ai commencé vraiment par hasard à Geispolsheim alors que le club avait besoin d’arbitres pour couvrir les rencontres de jeunes. C’était bien loin d’une vocation : j’y suis vraiment entré à tatillons, mais je me suis très vite pris au jeu grâce aux coachs et aux formateurs qui m’ont conseillé, et au soutien inconditionnel de ma mère.

Qu’aimes-tu dans l’arbitrage ? Qu’est ce qu’il t’apporte?

J’adore le basket, tout simplement. J’aime son aspect tactique, mental. L’arbitrage me permet d’aborder le jeu d’une manière que je trouve très intéressante, dans l’analyse et dans l’anticipation, comme un bon joueur.

Au-delà de ça, j’apprécie beaucoup l’aspect relationnel de l’arbitrage, que ce soit avec les joueurs et entraineurs, mais aussi avec mes collègues arbitres et OTM. Ce sont ces échanges et cette camaraderie autour de notre passion qui nous poussent à revenir se faire chahuter tous les weekends.

Peux-tu nous parler de ton parcours et aujourd’hui à quel niveau exerces-tu ?

J’ai donc commencé autour de 9 ans dans mon club de Geispolsheim. J’ai suivi la formation d’arbitre départemental à 13 ans, au départ pour devenir un meilleur arbitre dans mon club en attendant d’avoir l’âge requis (16 ans à l’époque) pour devenir arbitre officiel. Finalement, le comité m’a fait confiance et je me suis retrouvé 8 mois plus tard sur des rencontres au meilleur niveau départemental masculin. J’ai ensuite arbitré deux saisons au niveau régional, à l’issue desquelles j’ai passé le concours national d’accession aux Championnats de France qui m’a permis de rejoindre la Nationale 3 Masculine et la Nationale 2 Féminines, niveaux auxquels j’entame ma quatrième saison.

Quel niveau ambitionnes-tu d’atteindre ?

J’évite de réfléchir en niveau. J’essaye d’être à chaque match le meilleur possible, et je verrai où cela m’amène. J’ai évidemment l’ambition d’évoluer dans l’arbitrage et j’espère pouvoir le faire en parallèle de la fin de mes études et de ma future vie professionnelle, qui sont ma priorité.

Qu’est-ce qu’un bon arbitre ?

Je dirais qu’un bon arbitre, c’est celui qui prend du plaisir à arbitrer ! En prenant du plaisir, il est plus naturel d’être au service du jeu, d’être à l’écoute et dans la discussion (lorsqu’elle est possible) avec les joueurs et les coachs. Evidemment, un arbitre se doit d’être un expert du règlement et des aspects techniques du basket, mais c’est pour moi lié au plaisir : quand on aime, on veut toujours en apprendre plus ! Un bon arbitre doit aussi être capable de se remettre en question, et de ne pas se cacher lorsqu’il fait des erreurs ou des mauvais matchs : il ne faut pas les ignorer, il faut savoir les assumer et en apprendre. Du plaisir et de la remise en question, je pense que ce sont les attitudes primordiales pour un arbitre. Et bien entendu surtout, il n’y a pas de secret, du travail.

Quelle est ta préparation avant un match, qu’il soit important ou non ?

Nous avons la chance de pouvoir trouver des informations sur chaque équipe très rapidement sur les équipes (joueurs, coachs, classement, résultats précédents…) sur Internet, je pense qu’il faut en profiter pour se préparer au mieux ! Un appel ou un message à mon ou ma collègue dans la semaine est aussi toujours un bon moyen de commencer sa préparation. Individuellement, j’aime bien avant un match regarder quelques minutes de vidéos de matchs des semaines précédentes pour identifier des points sur lesquels je dois travailler et pour me mettre des images en tête ! Ceux qui me connaissent savent aussi que je ne peux pas commencer un match sans un petit shot de sucre, donc une barre de céréales ou une compote avant de se lancer aide toujours.

Quel est ton meilleur souvenir en tant qu’arbitre ?

La finale nationale au TIC de 2014 (2015 ?, je ne sais plus) entre les Pyrénées-Atlantiques et le Pas de Calais. Dans une salle bondée, avec la Marseillaise en ouverture, des supers joueuses (le premier duel Zoé Wadoux-Marine Fauthoux de l’histoire, Kendra Chéry qui domine…), un super souvenir pour le jeune garçon chétif que j’étais ! Dans le même registre, la finale du championnat de France U18F 2019 entre l’ASVEL et Mondeville est une belle récompense et un souvenir particulier.

Et ta plus mauvaise expérience ?

Des mauvais matchs, il y en a eu, et il y en aura sûrement encore. Individuellement, il faut savoir en apprendre et rebondir. La seule vraie mauvaise expérience que j’ai sont les quelques matchs où ma mère a été prise à parti par des « supporters » mécontents, par seul prétexte qu’elle était ma mère. Ce sont les seuls moments qui m’ont vraiment marqué négativement.

Un mot sur la pression du public ? Des coaches? Comment est-ce qu’on la gère ?

La pression, c’est quelque chose d’inhérent à la fonction, un arbitre doit y être préparé. Le public, avec l’expérience, devient un bruit de fond auquel on ne donne que très peu d’importance. Les coachs eux, parce qu’ils sont des acteurs de la rencontre, il faut les prendre en compte. Il est important de comprendre la frustration des coachs, mais il faut parfois rappeler le cadre à respecter. Pour les coachs, c’est le jeu d’agir sur toutes les variables possibles pour gagner un match : obtenir quelques coups de sifflet favorables en plus en fait partie. Pour les arbitres, notre job est d’y rester le plus imperméable possible.

Une petite anecdote amusante à nous raconter ?

Honnêtement, à part les quelques fois où j’ai oublié mon pantalon et ai dû arbitrer en jean, j’aime à penser que je ne suis pas si amusant en tant qu’arbitre.

Quels conseils donnerais-tu à un jeune voulant se lancer dans l’arbitrage ?

De ne pas hésiter ! De toujours avoir un sifflet dans son sac de basket, et de profiter de chaque opportunité pour l’utiliser : la fin de la séance de l’équipe qui s’entraine avant, arbitrer ses coéquipiers à la fin de sa propre séance, aider son club pour les matchs le weekend… Surtout, de rester en contact avec le basket, en jouant, entrainant, regardant du basket à la télé (en plus maintenant, c’est en clair) et dans nos salles le weekend. D’être curieux, de ne pas hésiter à poser des questions aux arbitres et aux techniciens qu’il côtoie. L’arbitrage, c’est un moyen de vivre différemment sa passion, ça ne peut que faire de nous des meilleurs basketteurs et c’est aussi une belle école de la vie. On y apprend la gestion du stress, le sens des responsabilités, le travail en équipe, la résolution de conflit… Les clubs et le comité seront ravis de vous accompagner et de vous former si vous êtes intéressés. Nous avons besoin, surtout en ces temps incertains, de personnes qui veulent donner de leur temps pour notre sport.

Enfin, as-tu un message à faire passer?

Un grand merci à ma mère, tous les collègues, coachs et formateurs qui m’ont permis et me permettent de progresser ! Et un grand merci à Dunk’Heim pour cette belle interview. En espérant tous vous revoir au plus vite dans les meilleures conditions possibles.

Crédit photo : Laurent Nagel

Article : FZ

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