Jacques Vernerey : « ma carrière a été un cadeau permanent »

Pour les plus jeunes, son nom ne signifiera peut-être pas beaucoup de choses. Pourtant, Jacques Vernerey est une véritable figure du basket, en Alsace, en France mais aussi à l’international. Retour sur sa carrière, une véritable aventure.

De sa Franche-Comté natale à Boston

J’ai démarré le basket sur le tard, lorsque j’étais en pension à Belfort. Je suis un franc-comtois, mais l’Alsace m’a bien adopté par la suite (rires). Notre professeur de sport était fan de basket et c’est lui qui m’a mis le pied à l’étrier. D’un seul coup, la vocation est venue, renforcée par mes études STAPS à côté. Deux ans plus tard, je m’envolais pour les Etats-Unis. Avant de partir, mes études n’étaient pas assez concrètes mais aux Etats-Unis, la transformation a été totale. J’ai de la famille là-bas et j’entretiens des liens avec eux depuis tout petit. Les USA étant le berceau du basket, ce choix de partir est né rapidement. C’était en 1980. Les premiers mois, j’étais dans le Michigan, chez mes cousins où je suivais en parallèle ma licence d’éducation physique, en plus du programme universitaire en basket. Grâce à d’autres cousins habitant Boston, j’avais aussi pu suivre la préparation des Celtics, époque Larry Bird. Je devais aussi préparer deux mémoires d’études durant cette année, un sur les méthodes d’entrainement et un sur les systèmes éducatifs.

Son analyse du système américain

De mon passage, qui date tout de même d’il y a 40 ans, j’en retenais à l’époque l’intensité et l’engagement, sur le terrain. Ensuite, tu entrais dans un programme où les valeurs éducatives étaient mises au même rang que celles de la performance sportive. Aux USA, tout l’épanouissement du joueur de haut niveau se fait par la High School ou l’université et le sport est lié aux études. En France, tout ceci est plus séparé, laissant une place plus importante à l’autodidactisme, surtout au niveau des valeurs. Aux USA, tout le programme est tourné vers le dépassement de soi et la recherche de l’excellence sportive ce qui m’a permis de ramener des choses, comme la dynamique d’équipe. L’essentiel et le plus important là-bas, c’est le système universitaire, le programme. Il est plus « fort » que tout.

Joueur, un peu, entraîneur, beaucoup

Je n’ai pas été un grand joueur, et d’ailleurs aux Etats-Unis, après mon premier entrainement en High School, c’était dur. Et à la sortie de celui-ci, je me suis dit qu’il fallait vite me mettre à l’entrainement. A 21 ans, je démarrais ma carrière d’entraîneur. J’étais jeune et je venais de rentrer des USA. Des joueuses de Chalon-sur-Saône m’ont proposé d’entraîner, en Nationale 2. J’avais laissé mon empreinte et je suis ensuite allé à Nuits-Saint-Georges. Nous sommes montés en Ligue mais la saison suivante, 22 matchs, 22 défaites. Nous avions un budget qui ne nous permettait pas d’avoir d’étrangères. Le tout dernier match, Joë Jaunay, directeur technique national et connu pour l’épopée du CUC féminin qui entraînait le Stade Français, me dit : « tu n’as pas gagné un match ? Et tes joueuses continuent d’y croire ? Tu vas peut-être faire un coach. Voir ton équipe encore debout malgré cette situation, chapeau ». Moi, ça m’a boosté et cela me fait dire que ma vie, c’est une histoire de rencontres. Il y a eu aussi, après mon parcours de cadre technique et d’entraîneur national, Aix en Provence pendant quatre saisons. Nous avons atteint deux fois les demi-finales européennes et une finale. Face à Sopron, nous pensions gagner au retour, mais on a pris une leçon de modestie, je m’en rappelle. En 5 minutes, notre plan de jeu a été détruit, notre meilleure joueuse ayant commis trois fautes. Mais pas de regrets non plus, car ma carrière a été un cadeau permanent.

Ses saisons à l’INSEP

A l’INSEP, j’ai été nommé entraîneur national en 1989, ce furent mes plus belles années. En plus d’entraîner, c’est la formation qui m’a plu : transformer non seulement le joueur, mais aussi la personne. C’est ma vocation première. Nous avions marqué les esprits car nous évoluions sur tout le territoire, en Nationale 1 et 2. Ce furent les premières années où les jeunes de l’INSEP jouaient à ce niveau. J’étais une personne qui en imposait beaucoup on peut dire à cette époque. Pierre Dao m’a recruté pour être entraîneur national. J’avais carte blanche pour reprendre tout le secteur jeune féminin. L’INSEP était la transportation idéale de ce que j’avais vécu durant mon parcours américain. Des athlètes qui rentraient pour plusieurs saisons. On pouvait se donner et se forger une image. Par la suite, j’ai été contraint de basculer dans le basket professionnel car il fallait avancer dans la carrière et ma mission à l’INSEP était terminée. Mais je n’ai pas été très séduit par le basket de performance. Ce n’était pas mon truc, qui était plus la formation des jeunes joueurs. Le basket professionnel pour lequel j’étais fait, c’était celui de formation.

Une source d’inspiration

Ecrire était une vocation. Je rappelle que je souhaitais devenir professeur au départ alors enseigner faisait partie de ma vie. Je me souviens de l’époque du lycée. Avec mes copains, je rédigeais déjà des systèmes de jeu, sans même savoir encore vraiment ce qu’était le basket. Alors oui, vouloir transmettre, faire comprendre et faire apprendre, c’était une vraie vocation. De savoir que des techniciens actuels se servent de certains de mes ouvrages comme livre de chevet, c’est flatteur. Un jour, un entraîneur m’a d’ailleurs présenté sa femme. Elle m’a dit qu’il passait plus de temps avec mon livre qu’avec elle (rires). Mais j’ai aussi eu de la chance, que mon écriture parlait immédiatement aux coachs. Surtout sur le « comment tu deviens capitaine de ton je(u) ». J’ai fait ça d’une manière convaincue et j’ai eu de la chance, ça a convaincu. Même les DVDs, plus modestes en conception, ont marqué. Il y a plusieurs coachs qui me contactent encore aujourd’hui. Beaucoup de gens me considèrent comme quelqu’un pouvant prodiguer de bons conseils. Mais je n’irais pas de moi-même pour apporter mes idées. J’ai quitté le terrain depuis trop longtemps. Le seul endroit où je me l’autorise, c’est lors de mon camp.

L’expérience malienne

Le Mali, c’est un ami qui m’a tendu la main. J’avais fait des conférences et des cliniques au Congo. Hervé Coudray avait été sollicité pour prendre en charge la sélection et m’a demandé de le rejoindre dans le staff. Hervé a ensuite dû s’absenter pour des raisons professionnelles et j’ai pris la main à ce moment-là. C’est donc suite à une multitude d’histoires que j’en suis arrivé là. J’en retiens la même comparaison qu’avec les autres systèmes : pour le même sport, il y a des approches différentes car les valeurs sont différentes. Quand les Australiens sont les rois de la synthèse entre le pragmatisme américain et l’autodidactisme européen, en Afrique tu te retrouves entre les traditions et la famille. L’énorme respect qu’il y a envers la famille est un moment invraisemblable où tout fait communion. Un exemple m’a marqué, quand nous étions en préparation pour la coupe d’Afrique à Mulhouse. Les filles avaient pour objectif de la gagner, mais nous avions un pourcentage aux lancers très bas. Je leur ai dit au sortir d’une séance, « celle qui ne fait pas 8/10, ne quittera pas le gymnase ». Je m’attendais à avoir des réactions du type « je fais la tronche ». Mais elles ont toutes réagi en me disant « tu as raison coach, si on veut gagner », et ça m’a transcendé. Il y a un regard complètement différent.

Crédit. Photo : JV Basketball coach

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