Afik Nissim, une première en apothéose

Strasbourg a été sa première expérience en Europe. Quinze ans après le seul et unique titre de champion de France de Pro A obtenu par la SIG Strasbourg, Afik Nissim revient sur cette saison si particulière.

C’est en 2003 que le jeune arrière israélien, alors âgé de 22 ans, débarquait à Strasbourg. Après deux saisons au Maccabi Rishon LeZion et à Ramat Harashon (deux clubs de première division), son premier maillot étranger était celui de la SIG Strasbourg et son premier passage en Alsace (avant de revenir deux ans entre 2006 et 2008) se terminait sur une véritable apothéose. Les débuts d’Afik étaient d’ailleurs marqués par ses rencontres avec Keith Jennings et Alain Weisz : « Mon expérience à Strasbourg a été parfaite, et cela allait au-delà du club. La ville, la région, tout l’environnement était vraiment top. Sur le terrain, je me souviens avoir beaucoup appris sous l’égide de Keith Jennings et d’Alain Weisz. Le premier, pour qui j’ai beaucoup de respect, a été comme un frère pour moi. Quant à Alain, il m’a très vite fait confiance ». Cet exercice 2003-2004 s’arrêtait en quarts de finale. Septième de saison régulière (20 victoires – 14 défaites), la SIG se faisait éliminer par Pau-Orthez, tenant du titre et qui glanera une nouvelle couronne de champion au terme de la saison.

Les regards se tournaient alors vers la saison suivante. Un tout nouveau groupe se construisit avec par exemple John McCord ou encore les frères Greer. Très vite, l’alchimie prenait entre les différents protagonistes, sur mais aussi en-dehors des terrains : « Il y avait beaucoup de bons gars dans le groupe. Nous étions une vraie famille et nous vivions très bien ensemble en-dehors du terrain ». Puis, chacun connaissait son rôle, s’y accommodait et le respectait : « Notre qualité principale cette année-là était que chaque joueur connaissait parfaitement son rôle dans l’équipe, entre les marqueurs, les rebondeurs… Tout le monde était tourné vers le même objectif collectif ».

Pau, la première pierre

Bien que les envies de titres étaient encore lointaines à ce moment-là, les mentalités changeaient rapidement à la SIG Strasbourg : « Nous savions que nous étions une bonne équipe, mais de là à penser au titre. Je me souviens malgré tout du premier match de la saison, à Pau-Orthez. Nous gagnons là-bas et avions commencé à célébrer sur le parquet car c’était un peu inattendu. Ricardo nous a alors rassemblé et nous a dit : « les gars, cette victoire n’est pas une surprise, nous sommes une bonne équipe. Nous n’avons que fait notre travail », et l’état d’esprit du groupe a alors changé ».

La saison était désormais lancée. Tous tournés vers un même but, la saison se déroulait sans réel accroc : « Nous avons battu toutes les équipes au moins une fois il me semble. Il y avait des hauts, quelques bas mais dans l’ensemble, nous étions réguliers et la saison était bonne ». Petit signe du destin, la SIG Strasbourg démarrait ses Playoffs là où cette belle histoire avait débuté quelques mois plus tôt, à Pau-Orthez. En plus, un petit air de revanche devait planer suite à l’élimination au même stade l’année précédente. Pourtant, la SIG déjouait cette fois les pronostics, malgré un premier match perdu d’un point (69-70). Au retour au Rhénus, Afik et ses coéquipiers faisaient la différence en s’imposant 88-75, s’ouvrant la porte des demi-finales où l’ASVEL attendait les Alsaciens. Les Rhodaniens avaient beau avoir l’avantage du terrain, Strasbourg se montrait sérieux et concentré et décrochait son ticket pour Bercy : « Les Playoffs, c’était comme dans un rêve. Que ce soit en quart de finale ou en demi, j’ai fait des bons matchs. J’avais 24 ans et je voulais prouver que j’avais le niveau pour aider mon équipe. J’ai eu les responsabilités pour le faire, et j’en suis fier. Mais le parcours a été dur. Gagner à Pau, une équipe qui jouait alors l’Euroleague, et à Villeurbanne, qui avait l’avantage du terrain, c’était très difficile. Et pas seulement physiquement, mais mentalement aussi ». Et pourtant, ils l’ont fait.

La finale, ils l’abordaient pour une fois dans la peau de favori, mais sur un match, ce statut ne tient plus. La preuve avec le début de rencontre alsacien, manqué. Onze points de retard à la pause et seulement vingt minutes pour retourner cette situation si mal embarquée…

Une mi-temps pour l’histoire

« Nous avons manqué notre première mi-temps. A la pause, nous nous sommes dit qu’il fallait jouer, simplement. Pour gagner mais aussi pour ne pas avoir de regrets car cette finale se joue sur un match et si tu perds, personne ne se souviendra de toi. Après avoir éliminé Pau et l’ASVEL en plus. Les souvenirs dans le sport, ce n’est pas quand tu gagnes un match, mais des titres. Au final, celui-ci reste un très bon souvenir, j’y pense encore beaucoup aujourd’hui ». Strasbourg retrouvait dès lors son rythme et la tendance s’inversait. Afik n’y était d’ailleurs pas étranger en inscrivant trois primés coup sur coup pour assommer définitivement le SLUC : « Moi aussi, je devais monter en intensité et proposer un meilleur jeu. Je voulais tellement prouver que j’avais le niveau ».

Jusqu’à ce shoot de la 33ème minute, dont il se souvient encore : « Il y avait une très bonne défense sur moi lorsque j’ai pris ce shoot. J’ai dû changer ma façon de tirer et c’est rentré. J’ai pris confiance et j’ai laissé le jeu venir à moi. Les deux minutes qui ont suivi, mes coéquipiers me trouvaient facilement et je shootais, sans réfléchir. Je ne pensais plus qu’à continuer à shooter et ça a fonctionné ». Il ne restait alors qu’une poignée de minutes et Strasbourg venait de faire le plus difficile : passer devant. Quelques instants plus tard, le buzzer résonnait dans Bercy et tous les supporters présents pouvaient exulter. Le score final (72-68) penchait en faveur des Alsaciens qui célébraient sur le parquet ce premier titre de champion : « Au final, je trouve que le match est passé vite. Quand nous avons gagné, c’était comme un rêve. Tout le monde a chanté et dansé sur le parquet. La fête s’est poursuivie jusqu’à l’hôtel, mais également toute la semaine qui a suivie. Il n’y avait que des bons moments ».

Quinze ans se sont écoulés depuis et Afik le reconnaît, « en reparler fait remonter de très bons souvenirs. La SIG est et restera dans mon cœur et j’espère qu’un jour, elle revivra des moments comme cela ». Toujours actif dans son pays où il foule les parquets de la seconde division à Yavnee après six saisons à Eilat, la retraite n’a pas encore sonné pour lui : « Je me vois bien continuer. Et je prépare également mes diplômes en parallèle, à l’université mais aussi celui d’entraineur ». Avant de conclure sur une petite histoire : « Crawford me répétait qu’une année, telle qu’en 2005, nous n’en aurons pas beaucoup dans une carrière. Parfois, tu joues dans un bon groupe, mais la ville n’est pas bien par exemple et la saison ne donne rien. Et certaines années, tout se passe parfaitement. A Strasbourg, nous avions tout, la ville était bien, les supporters étaient derrière nous, l’état d’esprit du groupe était positif. Tout marchait cette année-là ».

Strasbourg, décidément, semble avoir marqué à vie tous ceux présents sur le parquet de Bercy ce 12 juin 2005 !

Crédit photo : SIG Strasbourg / Franklin Tellier

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