Adam El Ghazi, une éclosion tardive (1/2)

Adam El Ghazi

Adam El Ghazi (pivot, 2m06, 24 ans) est né à Tétouan, mais, loin de la chaleur du nord du Maroc, il a grandi en France dans le bassin parisien à Bagnolet, dans le 93. Avec un parcours atypique, il revient pour nous sur sa trajectoire. Dans ce premier article, nous nous intéressons à comment il a passé les embûches pour envisager une carrière de joueur professionnel.

« La passion du basketball m’a pris très tard. À l’âge de quinze ans, j’ai commencé à jouer par hasard sur des playgrounds à Paris avec mes amis. Mes prédispositions physiques m’ont permis d’intégrer l’équipe de Nanterre 92 en Cadets Région, mais la salle était très loin de chez moi. Pour me rendre à l’entraînement, je devais faire une heure de trajet. Je passais donc toutes mes journées, en dehors des cours, à m’entraîner ou à être dans les transports. Pendant ces moments d’attente, je pensais uniquement au basketball. Pour moi, c’était comme si j’étais déjà professionel ! » Pour progresser et passer un palier, un concours de circonstances se produisit : « Je faisais des petits camps de basketball l’été à Paris. À cette occasion, j’ai rencontré Quentin Bordin, un joueur plus âgé. Il trouvait qu’avec mes qualités ce serait un véritable gâchis si je n’essayais pas de devenir professionnel. Comme il était resté en bons termes avec le coach du Havre, Franck Maignan, pour lequel il avait joué deux ans en centre de formation, il m’a mis en contact avec lui. J’ai effectué un essai qui a été concluant. » 

La vie en centre de formation : une adaptation difficile

Une fois sur la Côte d’Albâtre, le changement est difficile pour le jeune bagnoletais. « C’était sûrement l’épreuve la plus compliquée de ma vie. À 16 ans, j’ai dû soudainement quitter ma famille et mes amis. Pour ma mère, c’était compliqué, car on est très proche. Au début, bizarrement, techniquement je n’étais pas à la ramasse, mais physiquement c’était difficile. J’arrivais dans un état de forme physique en complet décalage avec ce qu’on attend d’un joueur qui va intégrer un centre de formation : je pesais 133 kg pour 2m01 et je n’avais jamais fait de musculation de ma vie. J’étais complètement à cours de forme ! J’avais aussi une idée du basket qui était totalement différente de celle qu’on nous apprenait au centre de formation. J’avais une conception à l’américaine, plus individuelle, où il fallait que je mette beaucoup de points et que je brille. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’avais quitté ma famille ! J’arrive au Havre et on me demande de faire des passes, de me fondre dans le collectif… cela a fait naître une incompréhension. Au début, je ne me retrouvais pas dans le projet. » Cependant, le fait d’être loin de sa famille devient aussi une force pour le jeune joueur, il décide de se concentrer sur le travail pour que cet éloignement ne soit pas vain. » Ce qui m’a aidé aussi ce sont mes amis du centre de formation : Nianta Diarra (joueur maintenant du Cholet Basket), Fabien Bondron (nouveau joueur du Vendée Challans Basket) ou Guillaume Plas (ancien capitaine de l’équipe du STB Le Havre, qui a maintenant arrêté le basketball professionnel). Ils ne lâchaient rien, ils voulaient tous y arriver. Vu qu’on mangeait ensemble, je ne pouvais pas manger n’importe quoi : je ne voulais pas les décevoir. Cette camaraderie m’a permis de fortement progresser et de ne pas tout laisser tomber. » Après une seconde saison où il découvre le championnat Espoirs (5,1 points, 3,8 rebonds pour 5,4 d’évaluation en 15,1 minutes), un changement dans le staff du centre de formation va faire basculer son destin. « Un nouveau coach est arrivé lors de la dernière saison et avec lui c’était encore plus difficile : je ne jouais même pas les matchs à l’extérieur (3,7 points, 2,5 rebonds pour 3,8 d’évaluation en 11 minutes) ! Il considérait que je n’avais pas le niveau, mais, avec du recul, je me dis que je devais coûter cher comme sparring partner pour un centre de formation ! Il ne croyait pas du tout en moi, j’étais vraiment là par défaut. Pourtant, j’étais de mieux en mieux physiquement, je m’étais fixé des objectifs année par année, ce qui fait qu’à la fin de mes trois ans je ne faisais plus que 105 kg : j’étais métamorphosé physiquement ! À la fin de la saison, le coach me dit qu’il me conserve l’an prochain, puis, en plein mois de Juillet, il m’appelle et me dit que finalement il a pris quelqu’un d’autre à ma place. Je me retrouve, à un mois de la reprise, sans club, en sachant que je ne suis pas prêt pour le monde professionnel et seulement éligible à une seule saison en Espoirs. »

La saison de la dernière chance

« Pendant l’été, j’ai fait un stage d’une semaine avec la sélection du Maroc, j’ai rencontré à ce moment Mohamed Aboussalam (joueur maintenant du CS Gravenchon, en NM2, né en 1996, 1m98). En discutant avec lui, j’ai appris que son équipe, le Rouen Métropole Basket, cherchait un poste 5 en championnat Espoirs. Je lui ai demandé de dire à son coach que j’étais disponible. Finalement, ce coach, Vincent Dumestre, m’appelle et me propose de faire la saison avec eux, mais il me précise bien qu’ils n’ont pas les ressources pour m’héberger. Je me suis dit que c’était ma dernière année pour passer professionnel : j’ai donc misé sur moi-même cette année là pour ne pas avoir de regrets. Si jamais je n’y arrivais pas, je me remettrai ensuite dans les cours sérieusement. J’ai réussi à m’en sortir financièrement grâce à ma bourse d’études et à ma mère, qui m’a beaucoup aidé. » Pari gagnant pour Adam, qui vit une saison référence en se démarquant dans le championnat Espoirs (12,9 points, 6,4 rebonds pour 12,1 d’évaluation en 24 minutes). « Vincent Dumestre est le coach qui a lancé ma carrière professionnelle, il a réussi à voir un potentiel que personne d’autre n’avait décelé. Il m’a fait de confiance de A à Z. Ce fut une de mes saisons les plus abouties. C’est aussi la saison où j’ai le plus progressé. À cette époque, je suivais un cursus STAPS en ayant le statut de sportif de haut niveau. Mais j’ai vite décroché, car je devais faire deux entraînements par jour : les professionnels avaient besoin de viandes pour jouer contre eux et je faisais en plus les entraînements avec les espoirs pour jouer le week-end. » Ceci l’habitue à affronter le haut niveau chaque jour en jouant contre Guershon Yabusele, prospect NBA, ou Alain Koffi, ex MVP de Pro A. « J’ai aussi beaucoup appris de Jean Michel Mipoka, qui est un professionnel hors pair et de Solo Diabaté, qui est arrivé en cours de saison. J’avais l’impression d’être au sein d’une petite famille. »

Crédit photo : FIBA

Une réflexion sur “Adam El Ghazi, une éclosion tardive (1/2)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *