Alain Giss et Daniel Pereira, plus que des assistants

Crédit photo : Myriam Vogel

Dans le basket moderne, le métier d’assistant change et évolue en même temps que son sport. Les staffs se modernisent, utilisent de nouveaux outils et s’agrandissent d’année en année. Alain Giss, assistant de Fabien Kaerlé à la SIG (LF2) et Daniel Pereira, l’adjoint de Stéphane Eberlin à Souffel’ (Pro B), nous en disent plus.

Si au cours d’une carrière l’envie de se lancer dans le coaching peut paraître claire, celle de devenir assistant peut être plus délicate. Pour Alain et Daniel, leurs aventures dans le basket ont chacune commencé en tant que joueur (à la SIG pour le premier nommé et Eckbolsheim pour le second). Rapidement pourtant, ils comprenaient que ce serait sur un banc que la suite se passerait : « Une fois mon passage en tant que joueur terminé, je me suis rapidement tourné vers le coaching. Mes premières expériences se sont faites à Gries et au pôle espoirs, confie Alain. J’ai fait cinq ans de minimes France et cinq avec l’équipe en Nationale 3. Etant moi-même passé par cette catégorie jeunes, je savais par exemple le niveau de rigueur à mettre en place pour tirer le meilleur de mes joueurs ». Quant à Daniel, cela s’est fait encore plus tôt : « A partir de mes 17 ans. Je jouais alors à Eckbolsheim. De plus en plus, l’envie de prendre de la place dans le coaching s’est faite sentir. Mes premières années étaient intéressantes et formatrices, avec de bonnes générations. Et rapidement, j’ai pris en charge un groupe de cadets, soit des joueurs ayant en moyenne deux ans de moins que moi ».

La première fois sur un banc dans un rôle d’assistant est intervenue quelques années plus tard. Alain répondait aux appels de la SIG : « En 2015, la SIG m’a contacté. Philippe Breitenbucher cherchait un nouvel assistant. J’ai accepté mais j’ai émis une petite réserve, je ne connaissais pas le basket féminin. On répète souvent que c’est le même sport, mais qu’il ne se gère pas de la même façon ». Daniel lui a démarré avec les filles du pôle espoirs, « C’est au cours de mon passage à Eckbo’ que j’ai rencontré Eric Kehlhoffner, le CTR, qui m’a permis de rentrer au pôle espoirs féminin. A cette époque, j’étais un des trois entraîneurs du pôle ». C’est pourtant bien lors de ce passage que sa carrière prenait un nouveau tournant : « Au pôle, j’y ai rencontré Stéphane Eberlin. Une saison plus tard, je l’ai accompagné au BCS où je m’occupais aussi de l’équipe réserve. J’entraînais encore à Eckbo’ jusqu’en 2009 ainsi qu’au pôle espoirs jusqu’en 2010. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de me consacrer à 100% à Souffel’ ».

La relation entre Alain et Fabien Kaerlé a elle démarré un peu plus tard et pour une fois, l’assistant était présent avant le coach : « Quand Philippe Breitenbucher a décidé de partir à la retraite, plusieurs coachs, dont moi, avons postulé. J’étais dans la short-list avec Fabien et c’est finalement lui qui a été choisi. Il a alors émis son envie de poursuivre avec moi en tant qu’assistant. Nous en avons discuté et c’est ainsi que notre collaboration a commencé ». Le premier rôle d’Alain à la SIG a été d’aider Fabien à s’adapter. A l’issue d’une carrière de joueur pleine, ce dernier a directement enchaîné avec le métier d’entraîneur. Connaissant l’équipe, le niveau, Alain amenait cette assurance qui pouvait encore faire défaut à son coach.

Crédit photos : SIG Association

Un métier « touche à tout »

Mais pour la suite, il a repris sa casquette d’assistant et définit son rôle ainsi : « Je fais tampon entre les joueuses et Fabien. C’est une mission importante bien qu’il y en ait d’autres encore. Je m’occupe du scouting vidéo et des systèmes adverses. Fabien propose ensuite une stratégie qu’on discute et il donne l’axe de travail de la semaine ». Un rôle classique d’un point de vue technique, même s’il occupe aussi un job d’intendant et d’oreille attentive pour les joueuses : « Je m’attèle aussi à ce que les séances se passent pour le mieux. Je prépare le matériel par exemple. Ensuite, l’assistant est peut-être plus proche des joueuses, et c’est vrai que les filles viennent souvent me voir pour discuter, du basket mais aussi de l’extra-sportif. Comme je le disais auparavant, le basket féminin fonctionne différemment. Si une fille éprouve des difficultés en-dehors du terrain, cela se verra plus que chez les garçons ».

Daniel également connait ce rôle : « Il faut être présent humainement, l’assistant est le relais privilégié des joueurs pour venir discuter », rendant ses journées et missions toutes aussi intenses : « C’est une activité de l’ombre. Nous n’avons pas un staff à rallonge au BCS. J’ai beaucoup de travail au niveau de l’analyse vidéo. Je m’occupe également du scouting de l’adversaire : visionner trois ou quatre matchs puis proposer plusieurs montages. Sur le terrain, j’interviens aussi sur des séances individuelles, de la préparation physique mais aussi durant certaines séquences de travail collectives, pendant lesquelles je me focalise sur certains points permettant ainsi à Stéphane d’avoir un retour plus précis. J’ai créé en parallèle une plateforme web pour faciliter le travail du club, du staff pro et des joueurs. Ils y trouvent tout : les vidéos de leurs adversaires, des montages, des statistiques, les plannings, des documents divers et variés …  Elle est mise à jour quotidiennement et disponible depuis maintenant quatre, cinq ans. Enfin, nous nous occupons aussi avec Stéphane de la logistique de l’équipe ». 

Un sport en évolution

Si les deux formations ont un vrai point commun, c’est d’évoluer en seconde division : la Ligue 2 pour la SIG et la Pro B pour Souffel’. Pourtant, les comparaisons s’arrêtent-là tant le basket évolue : « En France, on observait les équipes étrangères en se demandant pourquoi est-ce qu’ils ont tant d’assistants ? Certains pays ont compris très en amont que l’entraîneur ne pouvait plus gérer l’ensemble du volet sportif. Aujourd’hui, le staff est bien plus divisé : le travail physique est géré par une personne, le mental aussi, il peut y avoir des coachs d’attaque, de défense, etc… De nos jours les assistants sont davantage des « numéro un et demi » que de simples assistants. Il est un relais et complément technique à l’entraîneur. C’est aussi pour cela que l’on voit de plus en plus d’adjoints remplacer et perdurer sur les bancs professionnels » indique Daniel.

Crédit photo : Myriam Vogel

Pour la SIG, les choses évoluent également : « En Ligue 2, nous n’avons pas la même logistique que chez les garçons. Les systèmes sont moins développés. Pour ma part, je regarde en moyenne trois matchs de l’équipe adverse avant de l’affronter. Avant, je mettais six heures pour fournir une vidéo à Fabien. Maintenant, j’effectue un visionnage plus diagonal car je sais ce que je veux. Nous sommes plus précis dans nos recherches. Pour le reste, je dirais que tous les corps du staff évoluent, comme le basket. Aujourd’hui, il y a plusieurs fonctions qui se rejoignent et convergent vers le même objectif ».

Entre Daniel et Stéphane Eberlin, la relation est longue et les deux hommes se connaissent par cœur, leur permettant d’évoluer comme un véritable binôme : « Nous sommes rapidement montés avec Souffel’ et j’apprenais beaucoup, même en étant assistant. Maintenant, de par ma relation avec Stéphane, lui me voit plus comme un n°1 et demi. Cette relation créée me va bien : Stéphane prend la décision finale, mais il me demande mon avis régulièrement. J’interviens aussi plus dans le recrutement et durant les rencontres pour donner mon point de vue. Pour la suite et si un jour Stéphane venait à ne plus être à Souffel’, je souhaiterais bien mettre en place tout ce que j’ai appris à ses côtés. Rester assistant au BCS avec un autre entraîneur à la tête de l’équipe, je n’en vois pas vraiment l’intérêt car je ne pense pas que cela ne m’apporterait grand-chose de plus ». Alain et Fabien, quant à eux, savent les choses bien hiérarchisées également : « Nous sommes sur la même longueur d’ondes. Il faut arriver à ne pas se marcher dessus mais il sait qu’il peut compter sur moi en cas de besoin. Il me demande avis sur tout. Moi, je le donne comme je pense mais au final, c’est lui qui prend les décisions ».

Un métier plein de qualités

« Il y a une grosse différence entre les deux métiers. Pour moi, la qualité principale reste l’écoute. Il faut savoir entendre les choses. Et savoir prendre du recul sur beaucoup de choses », avant que Daniel ne conclut « Il doit être complémentaire au coach, techniquement, tactiquement et émotionnellement, savoir le tempérer ou le pousser si besoin. Avoir un regard critique sur toutes les situations pour se remettre en question, lui et l’entraîneur ».

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