Mehdy Mary, d’un vert à l’autre

Bien avant d’occuper le poste d’entraîneur du CSP Limoges, Mehdy Mary (40 ans) a porté les couleurs du BCGO l’espace d’une saison. Une année où le poste 3 / 4 a pu mettre en avant son envie de coacher, pour la première fois.

C’était en 2003. Alors joueur à Grenoble, Mehdy répondait favorablement aux appels d’Olivier Bady pour rejoindre le BCGO en Nationale 2. S’il abordait cette saison comme joueur tout d’abord, il se retrouvait également à coacher. Être de l’autre côté du terrain, une nouveauté pour lui, même si l’envie avait déjà germé voilà quelques années : « J’aimais beaucoup jouer mais je m’intéressais aussi aux notions de transmission ou de partage que l’on retrouve à travers le coaching. Déjà en tant que joueur, je me renseignais sur les aspects techniques et tactiques. Au fur et à-mesure, je me passionnais encore plus pour tout cela et l’envie d’entraîner m’est venue ainsi ».  Le début d’une nouvelle carrière puisqu’en rejoignant Challans après l’Alsace, il continuait à cumuler les casquettes de joueur et d’entraîneur.

Ses premiers pas d’entraîneur – ou de formateur -, il les effectuait avec l’équipe féminine des Minimes France du BCGO. Sa joueuse de l’époque, Stéphanie, s’en souvient encore : « Je me souviens que Mehdy était arrivé en juin 2003 pour voir un de nos entraînements et commencer à former le futur groupe minimes France de l’année suivante. Il était resté en retrait pour observer et s’était simplement présenté. Il avait évoqué dans les grandes lignes sa motivation pour la saison à venir. Lorsqu’on a démarré la saison suivante, on s’entraînait plusieurs fois par semaine. Et sincèrement je ne me souviens pas d’un entraînement ou il n’était pas pointilleux. Sa mission était de nous rendre meilleures. Il était passionné dans tout ce qu’il faisait. A l’époque il nous avait offert à chacune un cahier que nous devions compléter au cours de la saison, après les matchs ou entraînements, avec nos principes et mouvements, du vocabulaire basket aussi, les différentes formes de démarquage, pourquoi on fait ça plutôt que ça… Etc. Il voulait nous apprendre bien plus que le simple fait de marquer des paniers. Il arrivait à avoir ce truc en plus, difficile à définir, mais c’est sûrement ce qui l’a amené là où il est aujourd’hui. Rien n’était laissé au hasard. Il ne se contentait pas de donner tout sur le terrain, mais aussi dans la vie de groupe. Il impliquait tout le monde ».

Mehdy également : « C’était une superbe année, un très beau souvenir mais aussi bien en tant que joueur qu’en tant qu’entraîneur. J’ai d’ailleurs passé mon BE1 lorsque j’étais en Alsace. Nous nous sommes en plus qualifiés pour les phases finales du championnat, si je ne me trompe pas. Beaucoup des filles de l’équipe étudiaient au collège des Missions Africaines. Elles avaient chaque semaine deux entraînements là-bas et deux avec moi.  Elles étaient engagées, appliquées et cette expérience reste un souvenir très particulier. Après tout, ces matchs étaient mes premiers matchs passés sur un banc. Nous avions de très bonnes relations avec toutes les joueuses et je suis par exemple resté en contact avec Stéphanie et Aurélie qui sont d’ailleurs venues me voir lors du dernier match au Rhénus ».

Aujourd’hui entraîneur principal de Limoges, club mythique du basket français, il maintient un certain attrait pour la culture alsacienne. Trois joueurs de son effectif professionnel (Ludovic Beyhurst, Nicolas Lang et Hugo Invernizzi) en font partie et bien que cela soit lié aux qualités des joueurs, Mehdy reconnait volontiers les bons points de la formation locale : « Notre collaboration s’est très bien passée jusque-là. Certains ne sont que passées par l’Alsace, d’autres comme Ludovic sont aussi passés par des structures comme l’INSEP. Moi ce qui m’importe, parce que j’ai été coach en centre de formation, c’est de disposer de joueurs qui ont eu l’habitude d’avoir du contenu transmis à l’entraînement, de la précision. L’école strasbourgeoise, il faut lui donner du crédit avec tout ce qui a été mis en place pendant des années par Lauriane Dolt et décidé, dans les contenus, par Vincent Collet ».

Formé à l’heure suisse

Au cours de sa carrière, Mehdy a été entraîneur au centre de formation de l’ASVEL puis de Limoges entre autres. Pour apprendre, il s’est inspiré de nombreux techniciens : « Des personnes qui m’ont marqué ? Oui, il y en a eu beaucoup. Jacques Vernerey pour commencer. Il avait beaucoup de contenus, de méthodologie, de précision, une vraie philosophie de travail en somme. L’entraîneur duquel je me suis le plus rapproché c’était Pierre Vincent. Il était d’ailleurs en poste à l’ASVEL quand j’étais à la formation là-bas. Olivier Bady m’avait transmis son premier ouvrage qui est devenu un livre de chevet pour moi. D’ailleurs, Stéphanie pourra vous confirmer que je le lisais en permanence. En équipe de France, quand j’étais assistant sur les équipes de jeunes, Frédéric Crapez m’a apporté de très bons enseignements sur l’engagement et une dernière personne marquante pour moi fut Damien Leyrolles, lors de mon passage à Fribourg où j’ai passé sept ans ».

Cette parenthèse en Suisse, entre 2005 et 2012, lui a permis de se concentrer pleinement sur le métier d’entraîneur : « Cette expérience m’a permis d’être dans un environnement où j’ai pu me concentrer sur le cœur du métier de coach car la concurrence n’est pas aussi rude. J’ai pu me poser les bonnes questions sur quel contenu enseigner aux joueurs, le management et me concentrer sur l’aspect technico-tactique. En plus, le travail payait. Nous avons mis en place des choses pertinentes. Beaucoup de nos joueurs ont intégré l’équipe nationale et nous avons disputé plusieurs années les coupes d’Europe. Et avec les jeunes, nous avons pris part au tournoi d’Euroleague Junior. Une année, nous avons même battu le Cibona Zagreb et Montepaschi Sienne, cela prouve la valeur des joueurs formés ».

Développer le CSP

A Limoges, Mehdy a pris les rênes de l’équipe en cours de saison dernière. Cette année, il entend continuer poursuivre la progression entrevue depuis son arrivée aux commandes. Formateur dans l’âme, sa vision du basket colle pour l’heure parfaitement avec la politique souhaitée par son club : « Je suis sensibilisé au développement des jeunes joueurs, mais aussi au développement tout court. Nicolas Lang par exemple, il possède une vraie habileté au tir mais maintenant, il a progressé dans d’autres facettes de son jeu. Cela prouve qu’on peut se développer à tout âge. La volonté du club est de mettre encore plus l’accent sur les jeunes. Nous avons par exemple dans l’équipe Thimothé Crusol et Ludovic Beyhurst qui ont un vrai temps de jeu. Nous voulons être performants et un des moyens pour rendre cela possible, c’est de développer des jeunes joueurs ».

Crédit photo : Clément R.

La saison prochaine, les objectifs sont clairs avec le CSP : « Nous voulons d’abord consolider une bonne partie de notre effectif pour avoir de la continuité. Nous avions cette année des joueurs qui donnaient satisfaction et qui correspondaient aux compétences dont nous avions besoin dans l’équipe. Une fois que ce sera fait, il faudra savoir en tirer le meilleur. Se fixer des objectifs comme les Playoffs, etc…, évidemment qu’on les vise mais la Jeep Elite est un championnat très concurrentiel donc on va d’abord s’atteler à construire une bonne équipe ».

Conscient de ses qualités et du travail qu’il lui reste à accomplir, Mehdy se définit aujourd’hui comme « ambitieux, tout en gardant mon humilité, ce qui est très important ». Il ne regrette en rien le chemin qu’il a emprunté depuis Gries. Ces premiers pas d’entraîneur avec les minimes France sont venus comme une évidence, faisant naître une nouvelle vocation et cette phrase prononcée par le tout jeune quarantenaire résume parfaitement son parcours : « Je n’ai pas décidé d’arrêter de jouer, j’ai plutôt choisi de commencer à entraîner ». 

Crédit photo : BCGO

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