Amel Bouderra, sa flamme à Charleville

Depuis treize saisons, Amel Bouderra (31 ans) mène le jeu de Charleville-Mézières en LFB. Plus d’une décennie au haut niveau et dans le même club, ponctuée par deux titres de MVP française en 2016 et 2017 et de plusieurs sélections en équipe de France.

A coup sûr, cette treizième saison restera longtemps gravée dans sa mémoire. Malheureusement, pas pour son côté sportif mais pour la situation que traverse la France et qui a conduit à l’arrêt prématuré de la saison. A ce moment de la saison, les Flammes Carolo, surnom accordé au club de Charleville-Mézières, occupaient le quatrième rang à égalité avec Basket Landes et Landerneau, avec un bilan de neuf victoires et sept défaites. Le début de saison fut pourtant compliqué, l’équipe s’inclinant six fois lors des sept premières journées. Une situation qu’Amel explique : « Notre début de saison manqué peut s’expliquer par un manque de préparation. Nous avons connu des arrivées tardives ou joué de malchance avec plusieurs blessures ». A compter de décembre, la tendance des résultats s’inversait : la mayonnaise prenait tant collectivement que personnellement, les joueuses du coach Romuald Yernaux retrouvaient leur basket. Janvier et février correspondaient à un sans faute pour Charleville qui enchaînaient les victoires et remontaient au classement, au point d’entrevoir une fin de saison à succès : « Nous avions l’ambition d’aller loin que ce soit en championnat ou en Eurocup. Il y avait l’espoir de réaliser quelque chose d’historique pour le club. Mais sur le trajet pour aller affronter Basket Landes, nous avions appris l’arrêt de la saison européenne ».

Désormais, les baskets sont rangées et Amel en profite pour se consacrer à d’autres tâches même si l’emploi du temps n’est pas forcément plus léger qu’avant : « Le basket me manque et je suis triste de voir la saison s’arrêter. Mais je m’occupe, du sport le matin, des travaux à la maison et je me suis également engagée auprès d’associations. Nous essayons de subvenir aux besoins de certaines familles et je cuisine également pour des personnes sans domicile fixe ». Une facette de sa personnalité, toujours prompt à aider et rendre service. Durant cette période de confinement, elle en profite également pour revenir sur ses treize années passées dans les Ardennes : « Au départ, je n’avais pas signé pour treize ans. L’objectif du coach était clair au début, me faire progresser et monter avec l’équipe car il croyait en moi. Et puis, chaque saison, j’ai eu ce sentiment de continuer à grandir, évoluer, mûrir qui ont fait que je n’ai jamais eu envie de quitter le club. Nous évoluons ensemble et ça me rend très fière de me dire que je fais partie de cette page-là de l’histoire du club ».

Grandir, en même temps que son club

Un rôle « d’ancienne » du vestiaire et du club, qu’elle occupe avec plaisir pour aider et assister les dernières recrues du club, sur et en dehors du terrain. Cette longévité, elle ne la détient pourtant pas seule puisque son coach évolue également à la tête des Flammes depuis de nombreuses années : « Nous avons vécu tellement de choses, positives et moins. Nous avons grandi ensemble et reçu certaines distinctions (titre de MVP française pour la joueuse et entraîneur de l’année pour son coach en 2016 et 2017) la même année donc forcément cela rapproche. Aujourd’hui et même après treize ans de travail en commun, cela ne l’empêche pas de m’engueuler comme si j’étais encore une espoir. Mais je prends du plaisir à travailler avec lui et notre connaissance l’un de l’autre rend notre collaboration plus fluide ».

Niveau titres, Amel a remporté la Ligue 2 en 2010 et a disputé plusieurs finales de Coupe de France, malheureusement perdue (trois, à chaque fois face à Bourges). Elle a également pris part à l’Euroleague Women en 2018/2019 et remporté deux titres de MVP française (2016 & 2017). Un parcours de rêve pour un club présent en LFB depuis à peine dix ans : « Ces finales perdues amènent bien sûr de la tristesse, mais aussi beaucoup de joie. Elles nous ont permis d’apprendre et de continuer à grandir ». Une progression expresse, qui entre dans la logique de la LFB : « Le niveau est vraiment en train de grimper en France. Les écarts sont de plus en plus faibles et tout le monde peut battre tout le monde, chaque match devient important. Les performances des équipes sur la scène européenne permettent également d’attirer des meilleures joueuses étrangères qui se rendent compte que le niveau de jeu pratiqué en France est bon, en plus d’avoir des clubs bien structurés ».

L’équipe de France, et l’Alsace

Si la carrière « nationale » d’Amel a été riche en expériences, elle a aussi connu les Bleues avec en point d’orgue les Jeux Olympiques de Rio 2016. La « compétition ultime » selon elle mais le train bleu semble aujourd’hui être passé pour elle : « Entre les U20 et les JO, je n’avais pas été appelé. C’était une vraie surprise quand cela a été le cas. D’ailleurs, la première fois que j’ai reçu mon maillot, les larmes ont coulé, c’était un rêve irréalisable pour moi. Maintenant, sans vouloir manquer de respect, ce n’est plus un objectif ».

Un réel objectif pour elle : terminer à Charleville. Toujours proche des siens, de sa famille et de sa région natale l’Alsace, Amel a envie de finir sa carrière dans les Ardennes : « Si je dois un jour partir, ce sera le destin, mais dans ce cas, j’aurais envie de revenir pour terminer ma carrière ici ». Pas de retour en Alsace de prévu dans l’immédiat donc, même si sur ce sujet, Amel saurait déjà où aller : « Nous en rigolons souvent avec un ami du club d’Illfurth, qui me pousse pour prendre une dernière licence avant de raccrocher ». Et avec une famille baignant dans le basket, elle passe déjà beaucoup de temps à arpenter les salles alsaciennes dès qu’elle en a fini avec sa saison en Ligue : « Chaque été je rentre en Alsace. Ma petite sœur joue à Geispo’ et je suis bien entendu ses résultats. Nous échangeons aussi beaucoup et j’essaie souvent de la rassurer quand il y en a besoin. On se conseille sans toutefois trop s’immiscer dans le jeu de l’autre ».

A 31 ans, elle affichait encore cette saison près de dix points de moyenne (9,94 pour être précis), 5,8 passes décisives et 11,5 d’évaluation. Une régularité au plus haut niveau, qui pourrait encore durer. Mais jusqu’à quand ? Pour préparer son après carrière, elle vient d’être diplômée et pourrait à terme, occuper un rôle de directrice sportive : « Je souhaiterais rester dans le milieu sportif, pourquoi pas dans la formation ou le coaching individuel. Collectif ? Pas vraiment, même si j’aime encadrer et faire progresser. Ce qui m’attire vraiment, ce sont tous les à-côtés qui entourent le basket par exemple ».

Un projet d’avenir car à court terme, les parquets restent bien la priorité d’Amel, et ce tant que la flamme continuera à brûler.

Crédit photos : B. Bryl – BBL Photographie / Flammes Carolo Basket

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