La passion du coach

 

Julien Zoa, actuel assistant de Ludovic Pouillart à Gries (Pro B), fait partie de ces coachs dont le travail effectué, dans l’ombre bien souvent, n’est pas assez mis en avant. Entraîneur à part entière au sein du staff du BCGO mais également coach personnel de certains des meilleurs joueurs français, il a accepté de nous en dire plus sur son parcours ainsi que sur cette fonction destinée à encore beaucoup grandir.

Pour Julien Zoa, l’envie de passer de l’autre côté du terrain est née… au cours de sa carrière de joueur. Vouloir prendre son temps pour écouter les joueurs, travailler la technique et, plus globalement, avoir des échanges personnels avec eux, chose qui n’était pas toujours possible lors d’une carrière de joueur : « Que tu le veuilles ou non, l’entraîneur est avant tout présent pour l’équipe. Donc malheureusement, il n’a pas toujours le temps qu’il souhaiterait consacrer à la progression du joueur lui-même ».

« Tu t’entraînes pour toi d’abord »

Une rencontre sur un playground allait finir de motiver son choix : « Ma rencontre avec Christian Mulumba a été déterminante. J’étais encore joueur à l’époque et il m’a aidé à progresser dans mon jeu. Il a été mon premier coach personnel et a bien pris le temps de m’expliquer les choses, les fondamentaux. Un jour, il m’a dit une phrase qui me marque encore aujourd’hui : ton meilleur coach, c’est toi».

Julien s’appuie aussi sur sa propre expérience de joueur N2 et N3 en France, mais surtout ses aventures de l’autre côté de l’Atlantique :  des expériences pourtant loin d’être aisées car elles se sont toutes deux stoppées très rapidement. Pourtant, en en tirant les bonnes leçons après coups, elles allaient lui réserver une bonne surprise : « Après les refus à McGill et Colombia, j’ai échangé avec mon cousin, Ali Gerba, joueur de foot et attaquant international canadien. Il m’a dit de retourner m’entraîner et de ne pas lâcher. Et ça a payé, car j’ai finalement pu m’entraîner avec l’équipe professionnelle des Montréal Matrix en 2005-2006. Lorsque je suis rentré, tout cela m’a conforté dans mon envie d’aider et d’accompagner les jeunes à travers le coaching ».

Le coaching prenait dès lors une place prépondérante dans la vie de sa vie. Auprès d’équipes de jeunes dans un premier temps puis, progressivement, en réalisant des projets atypiques en tant qu’entraineur. Avec son mentor et acolyte, Mamadou Camara, ils ont notamment créé, Dernier Quart, qui liait dès cette époque le suivi personnel du joueur, les entrainements individuels et collectifs. Cette association regroupait des joueurs hors du système « classique » des clubs en compétition. Un projet ambitieux qui a depuis permis à de nombreux joueurs d’intégrer des équipes de niveaux semi-professionnel et professionnel. En parallèle de ce projet, Julien a continué à développer ses compétences d’entraîneur à travers plusieurs saisons passées au sein du club de Bry Sur Marne (BSMBC).  Il a su changer la dimension du club en menant son équipe Seniors jusqu’au niveau Régional 2, en enchainant logiquement plusieurs montées et titres (que ce soit en championnat et coupe). Durant ces années au BSMBC, il a aussi beaucoup agi autour des équipes jeunes, en leur inculquant sa discipline, volonté et vision du « tu t’entraînes d’abord pour toi ».

Bien qu’à ce jour il n’existe pas de diplôme de « coach personnel » à proprement parlé, Julien n’a pas mis les études « basket » de côté : « C’est vrai, il n’y a pas de diplôme pour certifier un coach personnel, mais mon parcours de joueur et d’éducateur m’a apporté ma première formation. J’ai ensuite passé tous les diplômes, du plus petit au plus haut niveau, pour devenir entraîneur. Il ne me manque que le DES aujourd’hui ».  Et puis, il y a les heures passées dans les clubs de basket, quitte à prendre plus de temps pour obtenir le sésame final : « Mon mentor et collègue Mamadou Camara m’a conseillé d’apprendre directement sur le terrain et ensuite de passer tous les diplômes. Aujourd’hui, je pense d’ailleurs que c’était la meilleure des décisions. Grâce à cela, j’ai pu rencontrer un grand nombre de personnes qui m’ont toutes aidé à me construire et me développer en tant qu’entraîneur ».

Des jeunes espoirs aux futures stars

Pour passer le cap, encore faut-il des joueurs à coacher. Le premier dans ce cas n’est pas inconnu ici en Alsace.  Il s’agit de Louis Labeyrie, ancien joueur de la SIG et aujourd’hui à Valence : « C’est parti de rien, une discussion entre amis un soir, comme on peut en avoir tout le temps, et nous sommes allés faire une séance de travail spécifique dans la foulée » nous indique Julien. Le joueur se souvient lui aussi de leur première rencontre et de la première séance commune : « J’ai rencontré Julien, initialement un ami de ma femme, à un match à Levallois où il était venu avec ses jeunes de Bry s/ Marne. J’ai aussi été plusieurs fois à Bry pour voir ses jeunes et les motiver. J’avais vraiment besoin d’un entrainement hors saison. Julien a tout de suite su répondre à mon appel et cerner mes besoins. Sa vision m’apporte beaucoup car il a une très bonne approche et s’adapte à chaque profil. Il est toujours disponible et à l’écoute. C’est un bosseur et il ne lâche rien».

Petit à petit, la relation se crée. Les progrès du joueur s’affichent aux yeux de la France, de l’Europe et même des Etats-Unis « A partir de là, Louis nous a beaucoup aidé. Il a parlé de nous [Mamadou Camara et Julien] à Vincent Poirier (Boston Celtics, NBA) qui m’a contacté directement pour une séance. Lui aussi a validé notre travail, et en voyant que tout cela leur servait dans leur jeu, ils avaient l’envie de continuer à travailler avec nous. Cela confirme que, même si tu n’as pas évolué dans le monde professionnel, tu peux être bon en tant que coach. Au-delà de la simple relation coach-joueur, c’est bien une relation plus personnelle qui s’installe : « Je m’entretiens régulièrement au téléphone avec eux, je prends de leurs nouvelles et cela permet de construire une relation qui va au-delà du travail ». Et comme dans bon nombre de relations, le dialogue et l’échange représentent une base solide, notamment lorsqu’il s’agit de discuter des différents domaines de jeu à travailler, ou tout simplement d’apprendre à connaître le joueur.

Un quotidien rythmé au club

Coach personnel certes, mais surtout et avant tout entraîneur. Arrivé à Gries en 2018, il officie comme assistant de Ludovic Pouillart au sein d’une formation qui a su déjouer tous les pronostics lors de sa première saison de Pro B, avec une demi-finale de Playoffs à la clé : « Julien et moi nous connaissons depuis 13 ou 14 ans maintenant. Je l’apprécie énormément, on sait d’où l’on vient et cela nous a rapproché » indique le technicien griesois. Il reconnait volontiers les qualités de son assistant : « Il effectue un excellent travail avec les joueurs et ils ont clairement confiance en lui ». La méticulosité et le sens du détail de Ludovic Pouillart le poussent à s’investir et observer attentivement les séances de Julien. Pas de directives mais beaucoup d’échanges et de confiance entre les deux hommes : « Nous discutons beaucoup sur les axes de travail des joueurs et le rythme des séances. Je n’interviens pas sur les exercices proposés, sauf peut-être en défense (rires). Mais offensivement, il sait très bien faire évoluer ses joueurs ».

Aujourd’hui, bénéficier de séances personnelles est un avantage pour le club. Pas forcément quantifiable sur la durée : « Tout ce que je souhaite, c’est voir mes joueurs progresser », le technicien champion de France de N2 et N1 estime que cette fonction de coach personnel doit rester une compétence supplémentaire de son assistant : « Je pense que cela doit être une partie de l’assistant. Il est important qu’il fasse partie du staff et partage les moments de vie avec le groupe. C’est ainsi qu’il pourra gagner leur confiance. Julien le fait très bien en démontrant ses qualités d’entraîneur avant tout. Et surtout, je ne lui laisse rien passer et suis tout aussi dur avec lui que je le suis avec l’équipe ».

Parmi les joueurs qui performent cette année avec le BCGO, l’exemple de Bruno Cingala-Mata arrive rapidement dans l’échange : « Bruno, c’est un joueur qui connaît très bien son corps, très professionnel. Cette saison, nous envisageons de l’utiliser sur un poste un peu différent. Il est donc venu en me demandant de travailler certains aspects de son jeu ». Du sur-commande en quelque sorte, qui peut ne pas fonctionner à tous les coups : « Je ne suis pas un adepte du sur-mesure, car en travaillant ainsi et en se concentrant uniquement sur ces petits points, cela ne rendra pas le joueur plus à l’aise sur le terrain. Or, mon objectif est bien celui-ci : le rendre le plus serein possible pour qu’il n’ait pas à se soucier de petits détails ».

Une approche physique et mentale

La vie de sportif de haut niveau ne se limite jamais au terrain. Ce sera toujours répété aux plus jeunes générations : tout ce qui se passe en dehors des terrains est parfois même plus important que le terrain lui-même. A ce sujet, Julien confirme que s’entourer d’autres spécialistes, chacun dans son domaine, est une nécessité : « Nous travaillons avec plusieurs métiers différents. Préparateur physique, kinés, ostéopathes, et nous ajoutons également un peu de neurosciences dans tout cela. C’est important de bien s’entourer pour pouvoir réagir à toutes situations. Il y a également le complexe où l’on évolue, The One Ball, avec parquet NBA (homologué), cryothérapie, hydrojet et machine de tir ». 

Côté mental, l’accompagnement est également présent : « On les accompagne comme on peut. Le basket est un monde compliqué et on ne peut pas gérer tout ce qui gravite autour, mais on reste présent pour aider le joueur si besoin ». Travailler avec un joueur au jour le jour implique également d’être proche, dans les bons moments et les moins : « Notre travail apportera toujours de la confiance au joueur. Notre but est de l’installer dans sa zone de confiance et de le tirer vers la difficulté. Au final, ce sera toujours lui qui fera le travail. Nous, nous ne sommes que des accompagnateurs, et comme je le répète souvent, ton meilleur coach, c’est toi ».

Médaillé de bronze en 2019 avec les Bleus, Louis Labeyrie considère d’ailleurs qu’aujourd’hui, il est indispensable d’avoir ce type d’entraîneur au sein des staffs : « Cela peut aider sur plusieurs points : perte de confiance, remise à niveau suite à une blessure ou maintien de forme. Et avoir un coach consacré au joueur et non pas dédié au l’aspect technico-tactique du basket est important ».

Réticences et avenir

Mais coacher des joueurs qui évoluent parmi les meilleurs clubs européens, voire mondiaux, comporte-t-il également son lot de restrictions ? « Pas vraiment avec les professionnels, mais surtout avec les jeunes joueurs. Nous avons un camp, le Back to the Basics, qui a lieu chaque hiver où des joueurs pensionnaires de l’INSEP et de certains centres de formation y participent. Il est vrai qu’on avait senti quelques réserves. Pourtant, nous ne sommes pas là pour prendre la place de qui que soit, mais bien pour accompagner les clubs et surtout le joueur, en proposant un travail qui n’est pas toujours possible de réaliser au sein des structures de formation ».

Louis Labeyrie abonde également en ce sens : « Même si je n’y suis pas confronté, je pense qu’il y a une réticence vis-à-vis des coachs personnels. Lui a pour but de consolider les points forts et atténuer les points faibles. Si cela se fait en dehors de la vision des coachs principaux, ceux-ci doivent s’adapter à l’évolution du joueur ce qui leur donne un travail supplémentaire qui n’est pas forcément voulu », avant d’ajouter : « De toute manière, une demande d’autorisation doit obligatoirement faite au club si l’on souhaite travailler avec un coach personnel ».

En sus, dans les calendriers déjà très chargés des top-clubs européens et français, intégrer d’autres séances personnelles (en plus des collectives) pourraient poser problème : « Pour mon cas, en saison cela ne me servirait pas étant donné qu’avec le nombre de matchs élevé et les déplacements souvent très rapprochés, nous n’avons malheureusement pas le temps pour travailler individuellement en plus avec un coach personnel. Cependant je m’entraîne individuellement avec un assistant coach quand j’en ressens le besoin ».

Et à l’avenir ? Bien que les joueurs de l’équipe de France composent aujourd’hui un noyau dur accordant sa confiance à Julien et son collègue Mamadou, les liens avec la Fédération n’existent pas (encore) vraiment. Trop peu de retours à ce jour, ou travaux encore méconnus (pas assez ?). Les mentalités sont toutefois en pleine évolution : « L’an passé, Nanterre était venu jouer à Gries en Coupe de France. Après la rencontre, Philippe Da Silva, membre du staff francilien, m’avait d’ailleurs confié que le travail individuel pouvait tout changer sur un résultat, mais que les clubs français n’en avaient pas encore pris pleinement conscience ».

Un pays est cependant largement précurseur dans ce domaine : les Etats-Unis. Et cela, Julien peut en témoigner : « J’ai déjà eu l’occasion d’assister à plusieurs matchs NBA et de rencontrer certains staffs. Un jour, à Miami, j’étais assis derrière le banc de l’équipe et je voyais un entraîneur décrypter en vidéo, presque en direct, l’appui d’un joueur lors d’une action. Ils ont clairement une, voire plusieurs, longueurs d’avance sur nous à ce niveau ».

La liste des joueurs coachés par Julien, Mamadou et leur équipe est longue : Louis Labeyrie, Vincent Poirier, Axel Toupane, Lahaou Konaté… Et elle s’étend également à certaines professionnelles, comme Olivia Epoupa ou Zoé Wadoux. Trop peu pour le moment, mais l’objectif est clair, se développer et apporter également auprès des joueuses : « J’espère que cet été, nous aurons la possibilité de travailler avec certaines joueuses professionnelles. Nous ne voulons surtout pas nous limiter à l’un ou l’autre, car bien que ce ne soit pas le même basket, entre filles et garçons, cela reste le même sport ».

Au final, bien que le coach soit souvent comparé à celui qui enseigne, l’envie d’apprendre reste bien la qualité première pour progresser dans ce domaine : « C’est selon moi la qualité primordiale. Tu dois apprendre tout le temps et sans cela, tu ne peux pas devenir coach personnel. Le jour où tu arrêtes d’apprendre, arrêtes de coacher».

Et ce jour, Julien n’est pas pressé de le voir pour pouvoir continuer à vivre et surtout transmettre sa passion.

Crédits photos : Léa Greenaway/Florian Fischer

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