Alex Hartz, ses vies dans le basket

Une expérience dans le basket longue comme un bras, mais à tout juste trente ans. Quand certains démarrent réellement une carrière à cet âge-là, Alex Hartz (coach adjoint à Holtzheim, NM2) a lui déjà parcouru un bon bout de chemin. Retour avec lui sur ce parcours, peu commun mais tellement riche en expériences.

Tout débutait à Gries, ce fief du basket alsacien capable d’envoyer son équipe, plus petit budget de Pro B, en demi-finale des Playoffs d’accession. Un signe, peut-être. La première étape emmenait Alex jusqu’aux Benjamins du club du Nord Alsace, avant de voir le jeune joueur s’arrêter. Sa reconnexion avec la balle orange a eu lieu en 2007, un peu par hasard mais toujours avec le travail comme point commun. Alors en pleine préparation de son baccalauréat et s’imposant des séances de révisions nocturnes, Alex assistait au troisième sacre NBA de Tony Parker face à Cleveland. Un déclic, comme il le décrit et la passion du basket renaît. Tout s’enchaînait dès lors : si sa carrière de joueur tournait court, il passait en parallèle ses diplômes d’entraineur : « Je préparais mon DEUST en STAPS et à côté, je jouais et j’entrainais. Dans les petits clubs, tu réalises souvent les deux missions en parallèle et j’ai attrapé le virus du coaching ».  Si sa passion sportive se partageait aussi entre le rugby, où il excellait, le foot et la lutte, c’est bien vers le basket qu’Alex se lançait : « Ça, je ne peux pas l’expliquer. Ma famille a toujours baigné dans le sport, idem pour moi. Au rugby, je faisais partie des 100 meilleurs joueurs de ma génération, mais sans vraiment pouvoir l’expliquer, je me suis définitivement tourné vers le basket ».

Pourtant, la voie ne semblait pas tracée et des doutes étaient déjà présents : « Très tôt, j’ai dû faire face à des premiers doutes, à savoir si j’y arriverai ou non. Quand tu reprends le basket tard, comme je l’ai fait et que tu évolues avec des jeunes qui ont toujours baigné dedans, c’est dur. Tu es plus limité techniquement. Je comparais cela au rugby ou tout me semblait plus simple, alors qu’au basket, non. Malgré tout, cela n’a pas freiné mon envie d’apprendre et de progresser et en 2009 à Bordeaux, où je passais tous mes étés, Vincent Mbassi a été un des premiers à me tendre la main et m’aider pour que j’y arrive. En plus, sa façon de coacher m’inspirait ».

Chalon-sur-Saône, premiers contacts au haut niveau

2012 marquait un nouveau tournant dans sa jeune carrière. Alors au top du basket français, champion en titre et avec l’Euroleague à disputer la saison suivante, l’Elan Chalon cherche à étoffer son staff et former des futurs coachs. L’annonce, parue sur Facebook, ne laisse pas le Griesois indécis longtemps. L’entretien est un succès et rapidement, Alex rejoignait la Bourgogne et fut assistant du centre de formation la deuxième année. Il y vivait « deux très belles années » et faisait alors déjà fonctionner l’ « Alsation connection » avec Nicolas Lang, formé à Chalon et qui lui prodiguait de précieux conseils : « Rejoindre l’Elan à cette période était la meilleure chose possible. C’était une top structure, qui allait disputer l’Euroleague. Je savais que j’allais souffrir au début car la charge de travail était importante, mais j’étais prêt ». En plus de Blake Schilb, « un joueur que j’appréciais tout particulièrement », Alex observait des stars montantes du basket hexagonal : Axel Bouteille, David Michineau, Yakuba Ouattara ou encore Clint Capela, aujourd’hui en NBA.  En parallèle, il réussissait son DEFB mais l’aventure se terminait deux ans plus tard, à la fin du cursus : « J’étais en formation sous la houlette de Maxime Pacquaut ou Maxence Broyer et le club souhaitait garder ce staff issu de la région, et largement compétent. Il n’y avait donc plus vraiment de perspectives pour moi et j’ai décidé de chercher un nouveau défi ».

Direction le Sud-Ouest

Ce nouveau défi emmenait Alex plus de 700 kilomètres au sud-ouest de Chalon, à Tarbes. Un peu surprenant pour lui, comme il le confie : « Je ne me sentais pas encore de coacher dans un club pro, je me voyais dans un club de niveau intermédiaire. Je dépose mon CV sur un site spécialisé et je vois l’annonce de Tarbes. J’ai mis cette opportunité au top de ma liste car je pensais que la concurrence allait être rude. Je passe l’entretien et très vite, j’ai une réponse positive. J’étais agréablement surpris : 24 ans, et j’allais me retrouver à coacher un centre de formation de Ligue Féminine ».

Ce qui était au départ une belle surprise devenait cinq ans riches en expériences, émotions, joies mais aussi déceptions. D’une relégation administrative en LF2 à la remontée, Alex continue à y réciter ses gammes, aussi bien au centre de formation où il était responsable qu’en tant qu’assistant avec l’équipe première féminine : « Il ne faut pas se voiler la face. Les clubs féminins n’ont pas les mêmes moyens que les masculins. Ce n’était pas toujours facile, mais à Tarbes, je me suis fait de vrais amis et de très belles rencontres comme François Gomez. Cerise sur le gâteau, j’ai passé et obtenu mon DES. Si en 2007 on m’avait dit cela, je n’y aurais jamais cru ».

Néanmoins, après cinq années passées « dans la lessiveuse », son Alsace natale lui manquait. Sa famille, ses proches et la distance devenaient compliqués à gérer et chaque départ vers Tarbes se faisait entre excitation de retrouver sa vie dans le basket et petit pincement au cœur de devoir quitter les siens : « Je souhaitais prendre un peu de recul, pouvoir me recentrer sur certaines choses ».

Année sabbatique vous avez dit ?

S’il possédait la capacité de lire dans l’avenir, le jeune entraîneur se serait rendu compte que ce qu’il souhaitait être du repos n’en porterait que le nom. Quelques mois avant de rejoindre l’Alsace, il rencontrait Patrice Koenig lors du camp organisé conjointement par Léo Westermann et Nicolas Lang. L’ancien joueur de la SIG plaçait alors Alex sur une nouvelle voie, qu’il rejoint sans trop hésiter : « Nicolas m’indique que Pauline Lithard cherchait un coach individuel pour se préparer. Je me suis dit pourquoi pas et qu’il y avait peut-être quelque chose à faire sur le coaching individuel ». En parallèle, Alex continue d’observer : le club de Gries lui ouvre ses portes pour qu’il puisse assister aux entraînements, Julien Zoa du BCGO également joue le rôle de grand frère pour le côté développement personnel et Alex rencontre Yacine Aouadi et échange avec Jo’ Gomis, pionniers dans ce domaine également.

Mais l’appel des parquets fut plus fort. De retour en Alsace après plusieurs années passées en Champagne, à Reims plus précisément, Patrice Koenig reprend le club d’Holtzheim, en Nationale 2 et fait appel à Alex pour l’assister. Passer du basket féminin « plus au sol » au masculin, de la formation à un championnat séniors ? Sans trop de difficultés pour ce passionné capable de passer un réveillon de Nouvel An à shooter : « Bien que j’évoluais dans un club féminin, Tarbes possède aussi une équipe en NM1. J’échangeais beaucoup avec leurs joueurs, leur coach. En plus, je suivais beaucoup la Jeep Elite, la NBA ou l’Euroleague. J’entraîne individuellement Léo Westermann l’été, donc tout ceci m’a permis de m’adapter très rapidement au championnat masculin ». Sa relation avec Patrice Koenig s’est elle rapidement mise en place : « Après notre rencontre sur le camp, nous sommes restés en contact. On vient du même milieu, la formation. Alors quand on s’est dit qu’on rentrait tous les deux et qu’il reprenait l’équipe sénior d’Holtzheim, il m’a rapidement proposé et j’ai accepté. Voir et gérer un autre modèle d’entraînement, cela ne pouvait qu’être bénéfique pour moi ».

Les résultats ne se sont pas longtemps fait attendre sur les rives de la Bruche. Holtzheim démarrait la saison en trombe en enchaînant les succès, pointant sur le podium au moment de l’annonce de l’arrêt de la saison : « On ne pouvait faire autrement, même si je peux comprendre la position d’autres clubs. Néanmoins, il faut relativiser et se dire que nous ne jouons qu’au basket. Sportivement, nous avions fait le job auparavant et personne ne peut prédire la fin de saison, si on se serait maintenu à cette place, en Playoffs ou non. Mais nous restons fiers du travail accompli et avons hâte que la prochaine saison redémarre ».

En attendant, Alex s’occupe et assiste Patrice à la préparation de la prochaine saison : « Nous nous renseignons et travaillons notamment sur le recrutement. Regarder des matchs, prendre son temps, aller à la pêche aux informations, c’est ainsi que l’on prépare la prochaine saison. Et l’avantage de cette situation, c’est qu’on apprend à user d’autres méthodes pour trouver des informations ».

Son avenir

Un nouveau rôle de numéro 2 qui ne déplait pas à Alex, toujours avide d’apprentissage : « J’ai pris un peu de recul au moment de la proposition et me suis dit que je ne connaissais pas cette facette du métier », sans toutefois se voir dans ce costume à l’avenir : « Ambitionner un jour un poste d’entraîneur principal n’est pas ma priorité. Aujourd’hui, je me projetterais plus sur le développement individuel et technique. Pourquoi pas intégrer un staff élargi sur une telle fonction ? Je pense qu’aujourd’hui, un coach doit savoir s’entourer et le développement individuel doit faire partie de ces élargissements. L’étranger aussi reste une option, mais j’aimerais vraiment me perfectionner dans l’entrainement individuel, devenir un tueur dans ce domaine ».

En attendant l’opportunité de démarrer une nouvelle vie dans le basket, Alex devrait lancer cet été des séances personnelles à Strasbourg, dans la salle de la Rotonde, pour les jeunes souhaitant progresser. Puis, entouré d’un préparateur physique, il prodiguera ses conseils à certains joueurs professionnels ou de niveau intermédiaire : « L’Alsace est une terre de basket et il y a beaucoup de demandes. Je remercie d’ailleurs la présidente du club de de l’ASS, Mariluz, pour sa confiance ».

Une confiance dont Alex a toujours su tirer profit pour progresser, lui-même, et faire progresser les joueurs dans ce sport qu’il aime tant.

 

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